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22/12/2007

El Pueblo Armado Jamas Sera Vencido

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Tel que tu (ne) me vois (pas), je rentre du concert de la (glorieuse) Brigada Flores Magon.

Dehors, c'est la grande porcherie versaillaise, chaque jour un peu plus dégueulasse - alors c'est bien de vérifier qu'il y a encore des zones où ses puanteurs n'entrent pas.

Des endroits pour ne pas oublier que notre jour viendra.

21/12/2007

Le Roi De La Caillasse

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Nicolas Sarkozy ose tout: c'est même à ça qu'on le reconnaît.

Durant qu'il était reçu par un musculeux pontife (ein, zwei, drei, nous irons aux fois), Nicolas Sarkozy a par exemple déclaré que: "'Dans ce monde obsédé par le confort matériel, la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d'affirmer ce qu'ils sont et ce en quoi ils croient".

Et moi, n'est-ce pas, je veux bien tout ce qu'on veut, mais si vraiment ce monde est obsédé par le confort matériel (1), alors Nicolas Sarkozy, defender of the faith, est quand même Obsédé 1er, roi de la grosse caillasse - qui se trimballe au poignet la quincaillerie horlogère des parvenus ostentatoires, agadez ça, les gueux, c'est du très gros pognon, très cher (c'est toujours ça que vous n'aurez pas); qui se sustente au Fouquet's et se détend chez les milliardaires (à moins que ce ne soit l'inverse); qui s'augmente le salaire en toute décomplexion.

(Je te laisse continuer: la liste est (presque) infinie.)

Pendant ce temps-là, tu notes: les files d'attente s'allongent aux soupes populaires - et dans les rues crèvent des SDF qui en effet se damneraient, maudits mécréants de merde, pour trois sous de matérialisme.

(Etc.)

Le simple fait que Benoït XVI laisse Nicolas Sarkozy lui débiter long comme le bras du clicheton à deux balles sur "ce monde obsédé par le confort matériel" sans lui rire au nez prouve bien qu'au Vatican deux tartuferies sommitales, de même cauteleuse onctuosité, se sont enfin trouvées: au grand bal du foutage de gueule, vous les verrez danser un slow, juste sous la boule à facettes.





(1) Et ce n'est bien sûr pas le cas, puisque aussi bien, dans la vraie vie, les trois quarts de la planète sont surtout obsédés par le souci de survivre un jour de plus.

20/12/2007

Tu Te Prépares A Te Farcir Les Tambours Du Burundi, Et Le Gars Se Met A Fredonner Qu'Il Ira Revoir Sa Normandie: Forcément, Ca Déstabilise

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T'as beau savoir que le pire, avec ces gens-là, est toujours à venir, t'as beau ne plus te faire la moindre illusion: y a quand même des fois où tu ploies soudain sous le poids d'un lourd accablement.

Exemple.

Brice Hortefeux, ministre de l'Immigration, "a fait" la semaine dernière "un tabac", devant "les membres (...) d'un réseau de promotion de la diversité dont fait notamment partie Rama Yade", en racontant ce cocassissime souvenir (1), je te jure que je n'invente rien: "Cet été, sur une aire d'autoroute, je rencontre cinq personnes noires. Comme elles ont l'air de me reconnaître, je vais vers elles pour les saluer et je leur demande: Vous êtes d'où? - De Caen - Oui d'accord, mais vous êtes d'où? - Ben... de Caen. Heureusement, j'ai compris à temps et je n'ai pas insisté. C'est là que j'ai compris toute la profondeur de ma mission".

(Hhhhh...)

C'est tout simple: nous avons là un homme qui ne peut tout simplement pas imaginer, quand il croise des "personnes noires", qu'elles soient originaires de Caen, Normandie - et non de l'exotique savane à zébus d'où montent au crépu crépuscule de sourdes mélopées nègres.

Quand il tombe sur des Keublas sur une aire d'autoroute, il cherche leurs sagaies du regard, et ça le déstabilise un peu de ne trouver que des livarots: dans son esprit, le Normand est un féroce guerrier à pointes, comme dans Astérix, ou un paysan de l'Eure, bien d'cheux nous mon Gaston - mais dans tous les cas, il est blanc.

Déjà, c'est ahurissant.

Mais le gars, loin de s'interroger sur ce que ça révèle de son paysage culturel, fait de sa petitesse de vues un motif de réjouissance pour fin(s) de banquet(s), genre j'en ai une bien bonne: je tombe sur l'oncle Tom, je lui demande comment va sa case, et le voilà qui me répond qu'il est contremaître à Saint-Lô, non mais, est-ce que tu imagines comment que ça m'a troué le c**?

(T'es là, tu te prépares à te farcir les tambours du Burundi, et le gars se met à fredonner qu'il ira revoir sa Normandie: forcément, ça épate.

Forcément, t'as les certitudes qui vacillent.)

Il va de soi que Brice Hortefeux, quand il croise des personnes blanches qui lui disent qu'elles viennent de Broutechoux-les-Barrières, ne leur demande pas, oui d'accord, mais vous venez d'où - histoire de vérifier si des fois elles n'auraient pas des origines afrikaners.

Le pire, cependant, est bien sûr le burlesque enseignement qu'il tire de sa méprise, quand il affirme, avec moulte componction: "C'est là que j'ai compris toute la profondeur de ma mission".

Mais il vient lui-même de confesser que son réflexe, quand il tombe sur un Noir, est de lui demander, hey, d'où viens-tu, étranger?

De fait, sa digne "mission" est de faire trier chez les visages noirs le bon grain (normand) de l'ivraie sans papiers: en les contrôlant au faciès, par exemple.

C'est vachement profond, en effet: c'est même vertigineux - et on comprend que ça fasse un tabac chez les promoteurs de la diversité.










(1) C'est "Le Canard enchaîné" qui le rapporte.

19/12/2007

Hugo Chavez, "Dictateur", Foule Aux Talonnettes La Démocratie Médiatique

Hugo Chavez.

L'infâme "caudillo".

Le "dictateur".

Le "bouffon" (1).

N'en finit plus décidément de fouler de ses talonnettes nos libertés - à commencer par celle(s), non négligeable(s), de la presse.

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Il est ainsi en train d'affermir son emprise (caudillique) sur la télévision d'Etat.

C'est "Libération" qui le souligne ce matin: "Hier, le conseil d'administration (CA) de France Télévisions a été le théâtre de pressions encore jamais vues, du moins au grand jour".

Le boss de France Télévisions, Patrick de Carolis, qui n'est certes pas un émeutier bolchevique, voulait nommer un certain François Guilbeau directeur général de France 2, en remplacement de Philippe Baudillon, qui avait démissionné la veille.

Or, surprise.

Juste avant le début du CA, Carolis "reçoit un coup de fil: Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication" d'Hugo Chavez, "lui demande de surseoir à cette nomination".

Mais "Carolis refuse, expliquant que si la direction du navire (France 2) peut être décidée conjointement avec l'Etat actionnaire, c'est à lui de nommer l'équipage".

Le régime d'Hugo Chavez, naturellement, ne l'entend pas (du tout) de cette oreille: le gars est, rappelons-nous, un "caudillo", un "dictateur", un "bouffon".

Aussi, "lors du CA", Carolis, quand il annonce la nomination de François Guilbeau, est (grossièrement) interrompu par "Laurent Franceschini, qui représente l'Etat" chaviste "comme quatre autres administrateurs".

Et qui lui crache, en substance: "Christine Albanel vous a demandé de surseoir".

Puis "l'ingérence monte d'un ton", car Hugo le "caudillo" est de ces dictateurs qui osent vraiment tout: "Franceschini vient d'avoir" la présidence de la République au téléphone, "qui exige des représentants de l'Etat qu'ils s'abstiennent de voter pour Guilbeau".

Finalement, Guilbeau sera élu à une courte majorité.

Mais d'après "Libé", à la Présidence, "ils sont furieux" - et Carolis est "plus proche de la porte que de l'augmentation".

Hugo Chavez a la ferme intention de cadenasser à double tour la télévision d'Etat, et de sanctionner, durement, ceux qui se mettront en travers de sa route: je ne doute pas que la presse, qui ne lui passe rien, dénoncera ce gigantesque scandale.

("Le Monde" envisagerait même ce hardi bandeau: "Hugo, salaud, el pueblo unido finira par avoir ta peau".)




(1) Le mot est de Pascal Bruckner, dont le courage est grand.

18/12/2007

Sarkozy = Manouchian

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Dans le nouveau numéro de la burlesque revue "Médias", il y a, aux pages 90 à 97, une looo(ooo)oongue interview de Max Gallo, "historien, romancier, journaliste, chroniqueur, responsable politique, (...) élu récemment à l'Académie française", d'où ressort, notamment, que Nicolas Sarkozy est quelque chose comme le Missak Manouchian des années 2000.

Dans l'obscénité comme dans tout: passées les bornes, y a plus de limite(s).

Max Gallo part d'assez loin, pour nous révéler que Sarkozy est un FTP-MOI.

Max Gallo explique, d'abord: "Ce qui m'a frappé durant la campagne - et qui me frappe encore -, c'est la violence des attaques formulées à l'égard de Nicolas Sarkozy".

Max Gallo pense, particulièrement, aux attaques formulées par "Eric Besson, aujourd'hui secrétaire d'Etat, écrivant un petit pamphlet xénophobe contre Nicolas Sarkozy".

Naturellement, Eric Besson, dans la vraie vie, n'a pas du tout écrit de petit pamphlet xénophobe contre Nicolas Sarkozy.

Il a rédigé l'an dernier, pour le Parti "socialiste", une brochure consacrée aux inclinations bushophiles de Nicolas Sarkozy.

Mais dans cette brochure, Besson a dit que Sarkozy était "un néo-conservateur américain avec un passeport français".

Et ça, tu vois: Max Gallo "considère" que c'est "de la xénophobie subliminale".

(Hhhhh...)

Sacré Max Gallo.

A l'Académie française, il côtoie dans la joie et la bonne humeur l'excellente Hélène Carrère d'Encausse, qui trouve qu'il y a trop de Noirs polygames dans nos banlieues et qu'on devrait pouvoir compter librement les Noirs et les Juifs à la télé sans se laisser emmerder par les hooligans antiracistes - et qui se désole qu'on ne puisse pas tout dire sur la Seconde guerre mondiale.

(Qu'est-ce qu'on ne peut pas dire, sur la Seconde guerre mondiale?

C'est ce que la chère femme oublie de préciser.)

Mais rien de tout ça ne scandalise Max Gallo, qui n'a jamais considéré que c'était de la xénophobie - le gars est galant, ce n'est pas comme s'il avait l'intention d'empêcher une vieille dame de cracher son fiel.

En revanche, si tu dis que Nicolas Sarkozy a quelque chose en lui de Tennessee, alors là, oui, t'es carrément xénophobe.

Subliminal, certes.

Mais xénophobe.

Max Gallo, il va de soi, n'invente rien: la dernière fois que Max Gallo a développé une idée neuve, c'était juste avant Azincourt.

Un autre penseur de gros niveau a déjà considéré que la formule d'Eric Besson était "un lapsus fasciste": c'était, rappelle-toi, Finkielkraut.

Voilà deux "intellos" d'altitude que n'ont jamais offusqués les saillies salement islamophobes de Nicolas Sarkozy, et qui d'ailleurs sont étroitement spécialisés dans l'anti-antifascisme et l'anti-antiracisme compulsionnels, mais qui, tout d'un coup, se découvrent une fibre antifasciste et / ou antiraciste si tu as l'outrecuidance de relever que Nicolas Sarkozy aime serrer dans ses bras le Pinocchio de Washington (1).

Ce n'est bien sûr pas (du tout) anodin: ça leur permet de poser Nicolas Sarkozy, qui n'a cessé de flatter les pulsions xénophobes de son électorat, en victime du racisme.

Plus c'est gros, plus ça passe - car ces dignes clercs ont parfaitement retenu la rude leçon orwelienne de "1984", et s'emploient, de toutes leurs petites forces, à substituer leurs villages Potemkine à la réalité.

Max Gallo, par exemple, expose, très sérieusement, que les (mauvaises) gens qui ont lancé contre Nicolas Sarkozy de violentes attaques le considèrent comme "un usurpateur".

Max Gallo développe ce ravissant raisonnement: "Je crois que dans le comportement et dans l'attitude, plus ou moins consciente, d'un certain nombre de Français, hostiles à Nicolas Sarkozy pour de nombreuses raisons légitimes, la dimension supplémentaire, l'aigu de leur haine ou de leur ressentiment vient de ce que ce président n'est ni de Montboudif, ni de Cognac, ni de l'Auvergne".

Ca se précise, et tu commences à entrevoir que du point de vue de Max Gallo, si nous n'avons que peu de passion, toi et moi, pour le chef de l'Etat, c'est parce qu'au fond nous sommes un peu racistes.

Ah ben oui, me répondras-tu, mais moi, tu vois, justement, je ne suis pas du tout raciste.

Et je le crois bien volontiers - mais tu auras noté que le bon docteur Gallo, psychiatre amateur décidé à te faire du bien, a pris soin de préciser que ton racisme était "plus ou moins conscient".

Max Gallo, comme Alain Finkielkraut évoquant un "lapsus fasciste", savent très bien que s'ils s'en tiennent aux faits, à la réalité, leurs "démonstrations" apparaissent pour ce qu'elles sont: de sinistres foutages de gueule.

Dès lors, ils se penchent sur ton inconscient, pour te dire que tu es raciste même si tu n'es pas raciste - et que tu es, par exemple, antisémite.

Car, Max Gallo te l'explique avec beaucoup de componction: Nicolas Sarkozy "est un Hongrois, un peu juif de Salonique".

Par conséquent, si tu ne l'aimes pas, c'est bien la preuve que, fût-ce inconsciemment, tu n'aimes ni les Hongrois, ni les Juifs de Salonique - et que tu es donc un foutu xénophobe, et qu'il serait temps que tu ailles te faire soigner.

Il suffit de l'énoncer clairement, et tout devient plus simple - comme dans ces dictatures où le régime psychiatrise l'opposition: et ça permet, au passage, de taire que, dans la vraie vie, c'est un certain Nicolas Sarkozy, qui ne cesse de stigmatiser des "usurpateurs" - rappelle-toi les moutons et les baignoires.

Dès lors, Max Gallo peut finalement déclarer, en majesté, que Nicolas Sarkozy, qui a organisé la chasse aux sans-papiers, la traque, les mouchardages, les rafles, "aurait pu être sur une affiche rouge aux côtés de Rachida Dati, Fadela Amara et Rama Yade".

Après tout il est bien "normal" qu'après avoir annexé Guy Môquet, "ils" récupèrent aujourd'hui l'Affiche rouge - dans un effacement général des pudeurs et de la dignité: dans leur esprit, l'Histoire, fût-ce dans ses heures les plus noires, est manifestement devenue un grand crachoir.




(1) Evidemment, on pourrait, juste pour déconner deux minutes, adopter le point de vue de Finkie et Gallo - et relever que Sarkozy n'a eu de cesse (que) d'embaucher dans sa campagne, entre tous les "socialistes", précisément le xénophobe subliminal qui avait fait un lapsus fasciste...

17/12/2007

Rire Et Moustache

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1.
Edwy "Moustache" Plenel est comme tu sais en train de lancer avec d'autres fameux journaleux, comme Laurent Mauduit, et avec le soutien actif de Ségolène Royal (qui demande à ses fans de s'y abonner fissa, "au nom", il va de soi, du "pluralisme des médias") un site informatif de gros niveau.

MediaPart, c'est son nom, sera: "Le lieu d’une information de référence et d’une culture journalistique renouvelée".

Assure Edwy Plenel - qui précise: "L’information de référence se définit par quatre mots, trop oubliés : la qualité, l’indépendance, la pertinence, l’exclusivité".

(Personnellement, quand je lis ça, je bats frénétiquement des mains, car en effet je rêve d'une info de qualité, indépendante, pertinente, et (pourquoi pas) exclusive.)



2.
J'ouvre maintenant, à la page 36, le numéro 14 de la divertissante revue "Médias", paru à l'automne 2007.

Je tombe sur un (long) papier sur "Le Monde".

Son auteur, un certain Laurent d'Evron, inconnu au bataillon, nous entretenait de: "La chute de la maison Colombani".

Et nous livrait le: "Récit, de l'intérieur, d'une crise à répétition, de ses coups bas, de ses trahisons".

Une plongée fort bien documentée au coeur de l'époque, pénible, où "Le Monde" était dirigé par un fier triumvirat composé de Jean-Marie Colombani, d'Alain Minc, et d'Edwy Plenel.

Article solidement étayé, d'où ressortait, en substance, que "sous l'impulsion d'Edwy Plenel, le journal" avait affiché "un dynamisme et une pugnacité éditoriale" très admirables - mais que ces remarquables efforts s'étaient fracassés contre les manoeuvres douteuses d'Alain Minc.

Laurent d'Evron puisait, pour fonder sa démonstration, aux meilleures sources, puisqu'il citait notamment "un livre intitulé "Petits conseils" (Stock, 2007)", écrit par Laurent Mauduit, qui "apport(ait) de nombreux exemples" des vilenies de Minc.

Bon.



3.
Et maintenant, j'ouvre, à la page 5, le nouveau numéro (15) de "Médias".

Je tombe sur l'éditorial.

Et j'apprends que l'auteur de l'"article intitulé "La chute de la maison Colombani"" n'était pas du tout Laurent d'Evron - pour la simple et bonne raison que Laurent d'Evron n'existe pas: il s'agissait d'un pseudonyme.

Qui était alors le véritable rédacteur de ce long papier qui flattait Plenel et faisait la promotion d'un livre, sorti peu de temps auparavant, de Laurent Mauduit?

Il s'agissait, je te le donne en mille, de "Laurent Mauduit, ex-éditorialiste du "Monde"".

(Sans déconner: la vie est pleine de surprises, ou pas?)

C'est le même Laurent Mauduit qui participe aujourd'hui, avec Plenel (et le soutien actif de Ségolène Royal) au lancement de MediaPart: je ne doute pas quant à moi qu'il soit particulièrement bien placé, après avoir fait sous pseudo la promotion d'un de ses propres bouquins, pour nous délivrer au jour le jour une "information de référence".

Une information "de qualité".

Indépendante.

Pertinente.

Et au moins aussi exclusive qu'une pub de Laurent d'Evron pour un livre de Laurent Mauduit.

16/12/2007

Curieux "Dictateur", Hein, Mâme Chabot?

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Dans "Le Journal du Dimanche" de ce matin, Michèle Stouvenot (dont la cocasserie déclenche dans le cours des repas de famille dominicaux d'irrépressibles fous rires, car chacun(e) y va au dessert de sa michèlestouvenoterie) consacre naturellement sa tribune au séjour parisien du colonel Kadhafi.

(Plutôt qu'à la guerre sociale où s'est lancé le gouvernement.)

Non moins naturellement, elle en profite pour caqueter que Chavez, Hugo, est un (abominable) "dictateur".

Ainsi va dans ce pays la presse dominante, qui ment et qui, jour après jour, substitue sa vérité à la réalité.

"Les dictateurs ne savent pas se tenir", écrit Michèle Stouvenot.

(Rires.

Sacrée Michèle.

Comment qu'elle est caustique.)

La preuve: "Hugo Chavez, a poussé la chansonnette sur le perron de l'Elysée, (et) Kadhafi a fait chanter notre président'.

(Rires.

Impayable Michèle.)

Dès lors, tu l'auras compris: Chavez = Kadhafi.

Ca n'a l'air de rien, n'est-ce pas?

C'est lâché comme ça, en passant, comme une évidence qui, par définition, n'aurait plus à être démontrée - comme un théorème: Chavez est dictateur comme le sire est triste, et le coquin, fieffé.

C'est devenu un clicheton parmi d'autres: nous sommes prié(e)s de gober, sans (nous) poser de questions, que Chavez est un dictateur.

Or: non.

Dans la vraie vie, qui n'a certes aucune espèce de rapport, même lointain, avec les menteries effrontées des journaleux dominants, le Venezuela est incontestablement une véritable démocratie - où le processus électoral est nettement plus euphorisant qu'aux Etats-Unis, par exemple.

Question à Michèle Stouvenot: est-ce que Chavez a imposé par le haut son projet de réforme constitutionnelle - à la façon de Sarkozy corrigeant par un "mini-traité" le vote qui en 2005 n'a pas eu l'heur de lui plaire?

Ou est-ce que Chavez, en véritable démocrate, a au contraire soumis ce projet à un référendum?

Réponse B: Chavez, en véritable démocrate, a soumis ce projet à un référendum.

Question à Michèle Stouvenot: est-ce que Chavez a gagné ce référendum par la force des baïonnettes, comme l'avait pronostiqué dans "Le Figaro" l'ahurissant Alain-Gérard Slama - qui bien évidemment ne présentera aucune excuse pour avoir si terriblement divagué?

Ou est-ce que Chavez a perdu ce référendum?

Réponse B, derechef: Chavez a perdu son référendum.

C'est d'ailleurs (et ce n'est bien sûr pas (du tout) anodin) l'argument que Nicolas Sarkozy oppose désormais aux journaleux qui du bout des lèvres lui demandent s'il n'en fait pas un peu trop, dans la diplomatie du chéquier tyrannique, et qui, fielleux, mêlent Chavez à Kadhafi et Jintao: "Ah ben dites, hé, mâme Chabot, curieux "dictateur", hein, que ce Chavez, qui organise un référendum, et le perd".

En d'autres termes: les tristes mainates qui dans leurs pauvres canards ne cessent de répéter (après l'avoir lu chez le voisin) que Chavez est un abominable caudillo ouvrent devant Sarkozy un boulevard où il s'engouffre, pour se dédouaner à peu de frais de ses mauvaises fréquentations, en brodant sur le thème: "Ah ben, hé, mâme Chabot, vous dites que j'en fais un peu trop avec les dictateurs, genre Chavez - mais Chavez est pas du tout un dictateur, mâme Chabot, et par conséquent vous ne pouvez pas dire que j'en fais trop avec les dictateurs, CQFD, mâme Chabot".

C'est pervers, hein?

Mais ça marche.

(Sarkozy n'a soumis aucune de ses (laides) "réformes" à un référendum.

Sarkozy, au contraire, saute à pieds joints sur l'expression (démocratique) de notre volonté majoritaire, quand elle n'est pas conforme à ses desseins: il rectifie ainsi par son "mini-traité" notre NON d'il y a deux ans - et naturellement nous sommes fondé(e)s à supposer que le procédé fera jurisprudence.

D'une certaine manière, c'est une atteinte assez velue à la démocratie - pas vrai?

(Est-ce que tu imagines ce que diront nos journaleux, si Hugo Chavez fait demain la même chose?)

Mais, tu as noté: quand Sarkozy fredonne un air (entraînant) de son copain Johnny, Michèle Stouvenot s'abstient de lancer de la bonne grosse vanne sur le gars qui "pousse la chansonnette sur le perron de l'Elysée".

(Rires.

Cette Michèle, quand même.))





PS (qui n'a rien à voir).
Salut et merci à celles et ceux de La Gryffe: "A bien marré hier souar".

14/12/2007

Prochaine Etape: Ryad

"Le Point" l'annonce: "Après avoir reçu le colonel Kadhafi à Paris, Nicolas Sarkozy doit se rendre à Riyad à la mi-janvier afin d'y rencontrer le prince Abdallah, souverain d'Arabie saoudite" (qui déjà était à Paris en juin dernier).

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Sarkozy, décidément, a, de Bush en Poutine, de Kadhafi en Abdallah, une passion pour les francs démocrates.

Il doit rester, bien sûr, deux, trois sombres crétin(e)s gavés de propagande pour considérer que l'Arabie saoudite est un endroit plutôt sympa - vu que, n'est-ce pas, c'est là que la famille Bush et sa clique, sur qui Sarkozy aligne désormais sa diplomatie du chéquier, ont de (très) vieux et (très) bons amis, gras du portefeuille - à commencer, naturellement, par la parentèle d'Oussama Ben Laden.

Mais dans la vraie vie le pays d'Abdallah est une monarchie d'acier, où règne la loi coranique, et où les droits de l'homme sont dans le meilleur des cas un lointain mirage: une espèce de tyrannie du pétrodollar - d'où Sarkozy, n'en doutons pas, nous rapportera la promesse de nouveaux milliards d'euros de contrats.

(Il va de soi: dans une absolue transparence.)

"Le Point" le relève d'ailleurs: son voyage est à "forts enjeux économiques" - si forts même que c'est Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, qui a "personnellement pris en main les négociations les plus sensibles en cours, comme en témoigne la nomination d'un de ses proches, l'amiral Alain Oudot de Dainville, à la tête de la Sofresa, l'office français chargé des ventes d'armes avec l'Etat saoudien".

(Rappelle-toi, camarade, comme de Sarkozy le nez s'allongeait, quand il a déclaré, dans son discours d'investiture: "La démocratie irréprochable ce n’est pas une démocratie où les nominations se décident en fonction des connivences et des amitiés”.

Vois comme sa "démocratie", ou plus exactement ce qui en tient lieu, est de jour en jour plus reprochable.)

Car naturellement, Sarkozy va essayer de fourguer des flingues à l'autocrate de Riyad: "Sur la liste des produits à vendre: sous-marins, Rafale et frégates..."

Moustachisme Participatif

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Edwy Plenel (photo) est, rappelle-toi, le courageux enquêteur moustachu qui a, dix ans durant, co-dirigé "Le Monde" avec Alain "Déonto" Minc et Jean-Marie "Logie" Colombani, a.k.a les vigilants de l'éthique.

Edwy Plenel s'était notamment fixé, rappelle-toi, la noble mission de "faire tomber un président Mitterrand par semaine", car, disait-il (cryptique): "J'ai eu la peau de Richard Nixon, je vais pas me laisser emmerder par le maréchal Pétain".

Edwy Plenel avait alors lancé à sa (nombreuse) troupe d'investigateurs cette crâne injonction: "Bring me the head of Alfredo Mitterrand, Hervé!"

Dès lors, "Le Monde" avait, comme aux plus belles heures du "New York Times" et du "Washington Post", multiplié jour après jour les scoops gorgeprofondiques sur de gigantesques scandales: Panamagate, Boîtenoiredelaviondhabyarimanagate, Angolagate, Ladéprimetegate - et j'en passe.

(Albert Londres lui-même reconnaissait: "Plenel, c'est Bob Woodward, en plus moustachu".)

Las.

Au bout de ces dix années de révélations explosives, Edwy Plenel découvrit soudain, à son proche entour, deux hommes dont la présence lui avait jusque là totalement échappé: Alain Déonto et Jean-Marie Logie.

Edwy Plenel se fâcha, quitta "Le Monde" (avec une indemnité d'un montant nettement supérieur à celui de ton ASS), et n'eut de cesse que de lancer, de son exil bruxellois, de vengeresses criailleries (d'où ressortait, en substance, que Déonto et Logie l'avaient trompé, bafoué, trahi, ah, les infâmes salauds, que s'il avait su que ça se passerait comme ça il aurait pas venu, et qu'on ne l'y reprendrait plus à se laisser ******r par des capitalistes - mais qui n'intéressaient que Laurent Mauduit).

Et voilà que Moustache nous revient, pour, dit-il, révolutionner (encore) l'Histoire Du Journalisme: "Je vais lancer avec Laurent Mauduit un site informatif, un vrai, avec du poil aux couilles", annonce-t-il en substance.

MediaPart, c'est son nom, sera: "Le lieu d’une information de référence et d’une culture journalistique renouvelée".

Assure Edwy Plenel - qui précise: "L’information de référence se définit par quatre mots, trop oubliés : la qualité, l’indépendance, la pertinence, l’exclusivité".

Naturellement, au seul énoncé de ce programme, tout le monde rigole (sauf bien sûr Laurent Mauduit) - et tout le monde a raison, parce que tu sais quoi?

Pour ce qui serait de la qualité, de la pertinence et de l'exclusivité, rien n'est joué - mais du côté de l'indépendance, faut admettre: c'est mal barré.

Qu'est-ce qu'on trouve en effet sur le site officiel de Ségolène Royal - qui jamais (au grand jamais) n'a lancé "au nom de la liberté de l'information et du pluralisme" le moindre appel à soutenir "Le Plan B" ou "CQFD" ?

On trouve ce message de soutien qui a certainement réchauffé le coeur de notre indépendantiste moustachu:

"Chers amis, chères amies de Désirs d’Avenir,

Toutes les initiatives audacieuses qui tentent de changer la situation de la concentration de la presse méritent d’être soutenues, au nom de la liberté de l'information et du pluralisme.

C'est le cas du récent projet MediaPart, né de la rencontre entre des professionnels du journalisme et des spécialistes du Web, parmi lesquels Edwy Plenel, François Bonnet, Laurent Mauduit et Benoît Thieulin.

Présenté sur le site mediapart.fr , ce projet de site d'information participatif, financièrement indépendant et exigeant éditorialement, cherche à inventer une réponse ambitieuse "aux trois crises – démocratique, économique, morale – qui fragilisent l'information en France.

Pour voir le jour d'ici mars 2008 et avoir les moyens de rester indépendant, MediaPart fait appel aux pré-abonnements, pour un montant de 9 € par mois (de 5 € pour les moins de 25 ans et les chômeurs).

Au nom du pluralisme des médias, je vous invite à leur donner leur chance en vous abonnant.

Merci de ce geste militant qui s’inscrit dans la logique de la démocratie participative.

Ségolène" (1).

Déjà, c'est cocasse.

Le gars te dit, plus indépendant que moi tu meurs - et deux jours plus tard t'as des "socialistes" qui lui font sa retape au nom de leur burlesque "démocratie participative", un peu comme si l'UMP nous conseillait de nous abonner au "Point".

Mais ce n'est pas tout: cet appel (courageux) a immédiatement été repris sur le site Nonfiction.fr, qui se présente comme "le portail des livres et des idées" (2).

Nonfiction.fr explique: "Mme Royal a lancé un appel pour soutenir (MediaPart), en adressant un message à l'ensemble des militants et sympathisants de son réseau "Désirs d'avenir", qui compte plusieurs dizaines de milliers d'abonnés".

Nonfiction.fr donne des gages d'indépendance: "S'il convient de préciser que Benoît Thieulin, co-fondateur de MediaPart, fut l'artisan de (la) campagne web (de Ségolène Royal), son message est toutefois rare et significatif".

On est donc entre camarades, mais bien sûr: "Nonfiction.fr ne porte aucun jugement favorable ou défavorable sur la lettre de Mme Royal, ou sur ce soutien, mais estime intéressant de la (reproduire)".

Car: "Cette lettre concerne notamment la question de l'indépendance de la presse et les relations entre de grands journalistes - dont Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du Monde - et Mme Royal".

(Edwy Plenel, "grand journaliste": un bon gros coup de langue vaut mieux que deux, tu l'auras.)

Par ailleurs le message de Ségolène Royal "est également (relatif) à Internet que nous essayons de décrypter quotidiennement", précise Nonfiction.fr.

Et de conclure: "Autant de raisons pour nous de rendre compte de ce message atypique: le voici donc".

C'est plutôt émouvant.

Mais si tu fouilles un peu dans "l'équipe Nonfiction.fr", tu découvres que l'un des trois membres de son (bien nommé) "comité déontologique" est un certain Jean-Pierre Mignard (3).

Or, Jean-Pierre Mignard se trouve être aussi, par l'effet d'une heureuse coïncidence déontologique, outre que l'avocat de Ségolène Royal, le "président de Désirs d'avenir" (4).

Il y a donc ces jours-ci un peu de ségolèneroyalisme dans le néo-plénélisme qui va bientôt révolutionner l'histoire de la presse: mais en toute indépendance, naturellement.


(Mise à jour 11.30 - sur le même sujet: http://www.lepost.fr/article/2007/12/14/1067676_royal-reseau.html)




(1) http://www.desirsdavenir.org/debats/read.php?52,308121,308121#msg-308121
(2) http://www.nonfiction.fr/article-406-mediapart__2.htm
(3) http://www.nonfiction.fr/charte-deontologique.htm
(Yo, Anne.)
(4) http://www.desirsdavenir.org/index.php?c=sinformer_actualites&actu=1984

13/12/2007

Sécuriser Le Djebel Zakri

Jour après jour, ils rongent nos liens mémoriels.

Jour après jour, ils te disent qu'il faut que tu penses et vives comme un bon sarkozyste - absolument imperméable au(x) complexe(s) et au(x) repentir(s).

Ils corrigent le passé.

Ils te disent que c'est lucide et courageux.

Ils te disent que le temps des scrupules est fini - et que vient désormais celui des nostalgies quasi revendiquées, où des centurions camouflés en treillis léopards sécurisaient le Djebel Zakri.

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Dans "Le Point" de ce matin, Jacques Marseille, "fonctionnaire, militant du moins d'Etat, chroniqueur antisyndical au "Point" et débatteur sarkozyste sur Europe 1" (1), fustige, non les syndicats pour une fois, mais la tyrannie de la repentance.

Jacques Marseille use, pour nous entretenir du rôle positif du système colonial français en Algérie, d'une ironie grasse qui lui fait poser, en titre, que: "La France doit exiger des excuses de l'Italie".

Jacques Marseille écrit: "A l'heure où le gouvernement algérien exige des "excuses" de la France pour les crimes imputés à la colonisation (2), il est temps que la France se libère du poids qui l'étouffe depuis deux mille ans... et exige à son tour de l'Italie des excuses pour les crimes perpétrés par César et ses légions contre nos ancêtres les gaulois".

(Tu lis ça, tu devines le rire sal(ac)e de ceux qui n'ont rien vu en Algérie, ââârk, ââârk, ââârk, non mais agade, Ginette, comment que c'est drolatique, ça va calmer le Bouteflika.

Tu as des gens, comme ça, pour qui l'époque des commandos peut aussi donner le motif d'une kolossale rigolade.)

Ce n'est pas exactement nouveau (Jacques Marseille et ses pairs se reconnaissent d'ailleurs à ce qu'ils sont absolument infoutus de produire la moindre idée neuve): l'année dernière déjà, "L'Express", rappelle-toi, nous expliquait avec beaucoup de componction, à la "faveur" de la parution du bouquin de Pascal Bruckner sur (précisément) "la tyrannie de la repentance" qu'après tout Gengis Khan, pour ne citer que lui, n'avait jamais présenté d'excuses, alors quoi?

Mais Jacques Marseille, conscient d'avoir trouvé là un riche filon, se lance dans sa culture intensive.

Il souligne d'abord "que la Gaule était au moment de l'agression italienne un pays de cocagne", et que par exemple ses campagnes "étaient densément peuplées" de "techniciens habiles et artisans réputés".

(Je suppose que je n'ai pas besoin de te faire un dessin: tu auras compris tout(e) seul(e) que le Gaulois d'il y a deux mille ans n'était pas beaucoup moins évolué que l'Algérien d'il y a un demi-siècle.)

Jacques Marseille, après ce rappel nécessaire, lance le gros de sa "démonstration", que je vais devoir citer un peu longuement: "C'est ce pays prospère à la culture originale que va conquérir le colonisateur italien (c'est à dire romain) au prix de méthodes qui sont autant de violations des droits de l'homme".

Ainsi: "Pour s'emparer de sa proie, au mépris des conventions internationales, Jules César multiplie des campagnes terroristes qui en font, plus que Napoléon ou le père Bugeaud, celui dont Hitler a certainement dû s'inspirer".

Ainsi: "Outre les 600.000 ou 700.000 tués (...), César s'est livré à de véritables opérations d'extermination", dans "ce qu'on nomme aujourd'hui un génocide".

Ainsi: "En - 46, lorsque (César) fait étrangler Vercingétorix à Rome, il bafoue sans vergogne la future convention de Genève de 1929 sur le traitement des prisonniers de guerre".

(Hhhhh...)

"Enfin, en imposant à la Gaule leur langue, leur religion et leur culture, les Italiens se livrent à un véritable génocide culturel", car: "Imaginons ce que serait aujourd'hui une France celtisée où la langue anglaise et le tempérament irlandais s'allieraient pour faire de notre pays un des champions de la mondialisation"?

Jacques Marseille conclut, provisoirement: "C'est tout ce potentiel de croissance que les Romains ont brisé et dont les Italiens devraient s'excuser lors de la prochaine visite officielle de leur président du Conseil en France".

(Hhhhh...)

Cette moquerie atroce, où les droits de l'homme et les conventions internationales fournissent la matière de vannes de fin de banquet, n'est pas seulement indigne: elle est aussi, et surtout, informative.

Elle nous confirme que la droite désinhibée tient pour anodins les vingt siècles d'évolution, et de progrès du progrès, qui ont suivi dans l'humanité le règne de César.

Jacques Marseille et ses voisin(e)s de "pensée" ne veulent décidément pas voir qu'en effet, nous avons changé, depuis - 46, qu'en effet nous nous sommes, tardivement certes, et certes sans trop de succès, finalement dotés d'une convention de Genève, qu'en effet, depuis - 46, nous avons, par exemple, mais non le moindre, enduré un certain Hitler - et que notre conception du monde s'en est trouvée changée.

Et qu'en effet, après Hitler, et au terme de vingt siècles d'évolution de la pensée, l'asservissement et la torture ne sont plus tout à fait ce qu'ils étaient sous Jules César...

Par ses mots de ce matin, Jacques Marseille, en somme, efface tout ce qui, en deux mille ans, nous a tout de même conduits à changer nos points de vue - et à ne plus nous regarder en 1960 comme nous nous regardions en - 46.

(Mais le niveau de son "argumentation" dit nettement sa valeur...)

Alors bien sûr, Jacques Marseille, après avoir ainsi longuement déliré, observe que son exigence d'"excuses de l'Italie" est "ridicule et grotesque".

(C'était une blague, nous explique-t-il: je parlais de ça pour déconner - j'aime bien déconner avec des génocides, avec César, Napoléon, Hitler et le père Bugeaud.)

Mais c'est pour aussitôt préciser, vilenie des sommets, que la plaisanterie n'en était pas vraiment une, puisque "l'exigence du gouvernement algérien" n'est pas moins ridicule, ni moins grotesque.

Or: si.

Parce que n'est-ce pas, comme je disais tout à l'heure: ce n'est pas en - 46, que de vaillants guerriers blancs ont branché des gégènes sur des couilles de fellaghas, mais en + 1960.

(Ou en + 15 après Hitler, si vraiment Jacques Marseille tient à cette référence.)

Parce qu'aussi, n'est-ce pas, et puisque Jacques Marseille veut de la comparaison à la con, fût-elle ridicule et grotesque, l'Italie, que l'on sache, n'a pas voulu inscrire dans son marbre législatif le "rôle positif" du système colonial romain.

(Et parce que l'Italie, n'est-ce pas, n'a pas (du tout) ratonné, il y a moins de cinquante ans, à l'entour de ses bouches de métro, sous les applaudissements nourris d'une salope vichyste recyclée.)

Mais Jacques Marseille, espère, ne s'embarrasse nullement de trop de subtilité(s): il porte un message qui s'accommoderait mal de trop de pudique(s) retenue(s) - et ce message est que Jaurès avait raison de "proclamer" en 1903: "La France a d'autant le droit de prolonger au Maroc son action économique et morale qu'en dehors de toute entreprise, de toute violence militaire, la civilisation qu'elle représente en Afrique auprès des indigènes est certainement supérieure à l'état présent du régime marocain".

(Naturellement, Jaurès a aussi (et surtout) déclaré, sur la colonisation du Maroc (en 1912, après le soulèvement de Fez): "La politique de rapine et de conquête produit ses effets. De l'invasion à la révolte, de l'émeute à la répression, du mensonge à la traîtrise, c'est un cercle de civilisation qui s'élargit. Nous n'avons rien décidément à envier à l'Italie, et elle saura ce que valent nos pudeurs (3). Mais si les violences du Maroc et de Tripolitaine achèvent d'exaspérer, en Turquie et dans le monde, la fibre blessée des musulmans, si l'Islam un jour répond par un fanatisme farouche et une vaste révolte à l'universelle agression, qui pourra s'étonner? Qui aura le droit de s'indigner? Mais si les contrecoups redoublés de ces entreprises injustes ébranlent la paix de l'Europe, de quel coeur les peuples soutiendront-ils une guerre qui aura son origine dnas le crime le plus révoltant?"

Naturellement aussi, Jacques Marseille se garde bien de citer ce Jaurès-là, qui tient la colonisation pour "le crime le plus révoltant", car, n'est-ce pas, quand tu essaies de récupérer de hautes figures de la gauche, Sarkozy en sait quelque chose, le mieux est encore de les présenter pour ce qu'elles ne sont pas.)

Voilà, mon ami(e), ce que sont les deux "arguments" de Jacques Marseille: les guerres des Gaules (où Jules César méconnaissait la convention de Genève), et une citation tronquée de Jaurès.

Fort de cet exceptionnel appareil documentaire, Jacques Marseille conclut: "On le voit, Nicolas Sarkozy a fait beaucoup et peut-être trop pour "excuser" les méfaits du système colonial français en Algérie".

(Nicolas Sarkozy néglige trop souvent ce qui s'est passé en - 46.)

Jacques Marseille, totalement débondé, ajoute: "En fait, si les Algériens voulaient trouver des réponses à leur mal-développement, ils devraient surtout exiger des excuses de ceux qui les gouvernent depuis l'indépendance".

Puis Jacques Marseille abat son atout: "En 1962, le PIB par habitant était en Algérie de 1.433 dollars (de 1990)", alors qu'"en Tunisie, autre pays soumis au système colonial français, il s'élevait à 1.379 dollars" - mais "quarante ans plus tard, il est de 2.813 dollars en Algérie et de 4.710 dollars en Tunisie, qui ne possède pourtant ni gaz ni pétrole".

D'où cette question (intelligente), que Jacques Marseille met en point final à sa chronique de la semaine: "Est-ce la colonisation qui est responsable d'un tel décalage?"

Bien sûr que non, Jacques: c'est la faute aux Rebeus, qui sont de piètres gestionnaires.









(1) http://www.leplanb.org/sommaire-du-mois/jacques-marseille-au-service-de-l-uimm.html
(2) Retiens je te prie cet "imputés", qui met de la distance entre ces crimes et cette colonisation...
(3) Car tu le sais, ami(e), l'Italie a eu des menées coloniales bien après Jules César - mais ces menées-là n'intéressent pas (du tout) Jacques Marseille, pour les raisons que tu devines: elles réduisent à néant sa misérable démonstration.

 
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