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12/12/2007

C'Etait Quoi, Le Mensonge, En 2007?

Interview de Sarkozy par Jean Daniel, Jacques Julliard et François Armanet, du "Nouvel Observateur" (1).

C'est un de ces moments où tu réalises que ça serait quand même bien qu'on ait aussi, dans ce pays, quelques vrai(e)s journalistes, plutôt que ces gens qui sans réagir laissent divaguer le chef de l'Etat...

C'est de bout en bout une somme de gigantesques énormités - auxquelles Daniel, Julliard et Armanet ne répondent pas: ce n'est pas non plus comme s'ils avaient l'intention d'importuner leur interlocuteur avec des remarques inélégantes sur sa propension, inédite à un tel niveau, à nous prendre pour des benêts.

Ma préférée: "Si la France veut porter un message exemplaire, elle doit être exemplaire. Pour les prisons, j'en suis conscient, il y a des progrès à faire. (...) C'est à moi de faire les gestes, car de la même façon qu'en Israël, ce sont les faucons qui font la paix, en France, c'est la droite qui améliorera les libertés individuelles".

En Israël, les faucons font la paix, cependant qu'en France, la droite améliore les libertés individuelles: je le note soigneusement sur mon petit calepin.

En prévision du jour où mes petits-enfants me demanderont, hey, c'était quoi, le mensonge, en 2007, et qu'est-ce qu'ils foutaient, les "journalistes", pendant ce temps-là?








(1)http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/opinions/20071212.OBS9772/sarkozy_au_nouvel_observateur__pourquoi_il_faut_parler_.html

"Le Mal Par Le Mal"

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Ce que raconte "Le Canard enchaîné" de ce matin sur "les bras d'honneur de Sarko" est vachement inquiétant - pour ce que ça révèle de la représentation qu'il se fait de la démocratie.

Réagissant "aux critiques relatives à la réception en grande pompe du colonel Kadhafi à Paris", Sarko a déclaré: "S'ils ne comprennent rien à la "realpolitik", tant pis pour eux".

(C'est le même type, rappelle-toi, qui dans sa campagne, et entre deux braconnages dans les marécages frontistes, fustigeait: "La "realpolitik" qui fait renoncer à ses valeurs".

Ce n'était, me diras-tu, qu'un mensonge supplémentaire.)

Il a ensuite précisé: "De toute façon, plus ils gueulent et plus je leur ferai un bras d'honneur. Plus longtemps je serrerai la main de Kadhafi".

(Je te prie de bien retenir ici que c'est "ton" chef de l'Etat qui érige le bras d'honneur en way of life: il faudra s'en souvenir.)

Puis il a enfin ajouté: "Je traite le mal par le mal. On me cherche avec Kadhafi? J'en fais le maximum! On dit que Rachida est trop people, qu'elle fréquente trop les grands couturiers? Eh bien, elle a fait la une de "Match" habillée en Dior. C'est moi qui lui ai dit: tu les emmerdes tous, et tu te fais plaisir".

Je résume: Nicolas Sarkozy nous emmerde tous, et nous adresse des bras d'honneurs.

Il y a là, incontestablement, une dérive, qui est, comme je disais, inquiétante.

Voire: effrayante.

Il y a là un chef de l'Etat qui énonce, crânement, une conception de la "démocratie" où celles et ceux qui ne sont pas d'accord avec lui ont désormais le choix de fermer leur gueule ou de fermer leur gueule - naturellement, ils peuvent (encore) essayer de l'ouvrir un peu, mais la réponse présidentielle, nous sommes prévenu(e)s, sera un bras d'honneur, doublé d'un sonore: "Je t'emmerde, je fais ce que je veux, où je veux, quand je veux, et d'ailleurs, agade, je traite le mal par le mal".

Je te le dis fanchement: ce mec me fait de plus en plus gravement flipper.

11/12/2007

Promis, Juré, Craché, Ptoui, Ptoui

Nicolas Sarkozy, candidat: "Moi, je ne suis pas du genre à serrer la pogne à Poutine".

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Nicolas Sarkozy, président: "J'ai parlé des droits de l'homme avec le colonel Kadhafi".

"Les Industriels N'Ont Pas A Faire D'Angélisme"

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Il y a dans "Le Parisien" de ce matin l'interview d'un certain Philippe Mangeard, qui est, dans l'ordre, "exportateur, vice-président d'Ubifrance, membre du Medef international", et qui donne son avis sur la diplomatie du chéquier de Nicolas Sarkozy.

(Comme je sais que tu vas me le demander, je m'empresse de te préciser qu'Ubifrance "est un établissement public industriel et commercial dépendant du ministre délégué au Commerce extérieur", qui a vocation à "aider les entreprises françaises à se développer à l'international de manière efficace et durable".

Mettons que tu sois un hardi petit (ou moins petit) patron en même temps qu'un fin gourmet, que tu aies le double souci de t'alléger un peu les charges et de te gaver de Tibétain sauté à l'ananas, et que tu veuilles par conséquent te délocaliser en Chine populaire, où le salarié comme chacun sait coûte moins cher que dans la Meurthe-et-Moselle?

Ubifrance peut t'aider, en te fournissant par exemple un "chiffrage d'une expatriation en Chine continentale", sous la forme d'un élégant: "Mémento pratique à l’usage des candidats à l’expatriation et de leurs employeurs".

Merci qui?

Merci Ubifrance.)

L'interview de Philippe Mangeard nous rappelle utilement, pour le cas (il est vrai douteux) où nous l'aurions déjà oublié, ce qu'est la vraie nature du capitalisme, fût-il repeint aux couleurs vives du "néo-"libéralisme.

Interrogé sur "le commerce de la France avec des pays où les droits de l'homme sont bafoués", il commence par demander: "Au nom de quoi des entreprises françaises devraient-elles s'interdire d'exporter dans certains pays alors que leurs concurrents européens ou américains ne se posent même pas la question?"

Le ton est donné: ça ne dérange pas du tout le patronat décomplexé que des pays sautent à pieds joints sur les droits de l'homme, si ces pays restent souples du portefeuille.

Comme disent les clercs de chevet de Nicolas Sarkozy, on ne va pas non plus se faire chier mille ans avec les droits humains: il est temps d'en finir avec la tyrannie de la bien-pensance, et de réaliser enfin que les bons sentiments sont la ruine du petit commerce extérieur.

Pour (se) justifier (de) cette philosophie hautement émancipatrice, Philippe Mangeard use d'un argument qui, certes, a déjà beaucoup servi, mais qui cependant fait toujours sont petit effet sur les faibles d'esprit - et qui peut se résumer comme suit: "Ah ben oui, mâme Chabot, mais si c'est pas moi qui vends des armes aux pays où les droits de l'homme sont bafoués, vous savez très bien qu'ils vont les acheter ailleurs, alors mieux vaut quand même qu'ils nous les achètent à nous, hein, mâme Chabot?"

(Philippe Mangeard te croise dans la rue et te colle un gros pain dans la gueule: forcément, tu vas trouver ça pénible.

Mais Philippe Mangeard va poliment t'expliquer: "Je comprends que ça te gonfle un peu, ami(e), mais je voudrais quand même que tu n'oublies pas que n'importe qui aurait pu te coller un gros pain dans la gueule, alors autant que ça vienne de moi plutôt que d'un touriste californien, pas vrai?")

Puis Philippe Mangeard lâche sa formule magique: "En matière d'exportation, les industriels français n'ont pas à faire d'angélisme".

Car n'est-ce pas, ce ne sont pas quelques droits de l'homme bafoués qui vont nous empêcher de faire du gros pognon.

Car, n'est-ce pas: l'argent souvent n'a pas d'odeur - pas même celle, dégueulasse, des corps qui se décomposent dans les sous-sols des loubiankas.

Parle-moi des geôles du Tibet, je te parlerai de mes stock-options.

(Et si l'argent a une odeur, elle est comme un parfum, car le capitaliste peut, comme le colonel Kilgore, aimer au petit matin la senteur du napalm - à condition bien sûr de l'avoir lui-même vendu.)

Dans le discours de Philippe Mangeard, l'"angélisme" occupe exactement la même place que le "droit de l'hommisme" dans les divagations des "penseurs" qui ont préparé l'avènement de Nicolas Sarkozy: dans les deux cas, on fustige, au nom d'un réalisme de pacotille, et pour mieux dissimuler une soumission aux lois de la jungle (économique), les valeurs qui, en principe, fondent l'humanité.

Par la "grâce" d'une terrifiante subversion du vocabulaire, on vide les mots de leur sens, on leur fait dire exactement le contraire de ce qu'ils veulent dire - dans le seul but de justifier l'injustifiable.

Et à la fin des fins, on met en place une vraie-fausse réalité, où celles et ceux qui se battent pour les droits de l'homme deviennent des neuneus frappés d'"angélisme" - cependant que les patrons qui se font chez les tyrans une clientèle captive apparaissent tout soudain comme de rigoureux gestionnaires.

Philippe Mangeard ne dit pas autre chose, quand il énonce, crânement: "Ce n'est pas à nous, entrepreneurs, de savoir avec qui il est acceptable ou non de faire des affaires (...)".

Et quand il ajoute: "On peut en être fier mais la France est le seul pays européen qui se pose encore des questions métaphysiques à ce sujet".

Il est vrai: la "métaphysique" est dans le commerce comme une couille dans le potage - l'Histoire nous l'enseigne.

Tu as toujours eu des industriels très comme il faut pour considérer en effet qu'ils n'avaient pas (du tout) à "savoir avec qui il est acceptable ou non de faire des affaires".

Des marchands d'Agent orange.

Et rien n'a changé, finalement: le capitaliste est, fidèle, toujours là, contre l'"angélisme", toujours prêt à se positionner sur les marchés où rôde la mort.

Il faudra, surtout, ne jamais l'oublier - un noeud à nos mouchoirs.

Qu'Est-Ce Qu'On Aurait Dit, Mâme Chabot?

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Nicolas Sarkozy, passé maître dans l'art (difficile) de nous prendre pour des benêts de compétition, a cette manie éprouvante, pour (se) justifier (de) ses vilenies, de (nous) balancer de grotesques syllogismes.

De loin, ces pitoyables justifications peuvent, c'est vrai, donner l'impression d'être frappées au coin du bon gros bon sens bien d'cheux nous qui a tant fait pour la renommée de nos fiers paysans de la Beauce.

Mais si tu te rapproches un peu, tu t'aperçois qu'elles démontrent surtout que Nicolas Sarkozy est fermement décidé à se foutre à fond de notre gueule - je t'accorde que ce n'est pas exactement une découverte, mais ça devient franchement pénible à vivre.

Ses vraies-fausses démonstrations prennent toujours la forme, binaire, d'une interrogation un peu scandalisée, du genre: "Ah ben voilà qu'on me reproche d'avoir dit (ou fait) ça, mais si je n'avais pas dit (ou fait) ça, qu'est-ce qu'on m'aurait dit, mâme Chabot?

Est-ce qu'on ne m'aurait pas reproché de ne pas avoir dit (ou fait) ça, mâme Chabot?"

Exemple typique: "Ah ben, voilà qu'on me reproche de réformer les retraites, mais si je n'avais pas réformé les retraites, mâme Chabot, vous pouvez être certaine qu'on m'aurait vertement reproché de ne pas réformer les retraites".

Naturellement, le bon bougre qui entend ça au jité se dit, ah ouais, tiens, c'est pas faux, t'entends ça, Ginette?

C'est pas faux, ce qu'il dit là, Sarkozy, Ginette.

Et de fait: ce n'est pas faux - dans la mesure où, en effet, si tout d'un coup le chef de l'Etat cessait de faire (à nos frais) un cadeau par jour à ses copains du patronat, il est bien évident que ses copains du patronat, qui ont pris le pli d'être quotidiennement choyés par l'Elysée, l'auraient mauvaise, et diraient, merde alors, pourquoi que tu cesses de nous faire un cadeau par jour, pourquoi que tu fermes soudain le robinet à gros pognon, espèce de sale ******?

Mais cette vraie-fausse évidence dissimule, évidemment, que Nicolas Sarkozy, dans ses choix quotidiens, privilégie toujours les nanti(e)s, au détriment des plus démuni(e)s.

(En somme il prend aux pauvres pour gaver les riches, comme je dis toujours.)

Les grotesques syllogismes de Nicolas Sarkozy vont toujours dans le même sens.

Nicolas Sarkozy aurait pu dire, par exemple: "Ah ben mâme Chabot, j'ai finalement décidé que je n'allais pas du tout réformer les retraites, et voilà que Jacques Marseille et Jean-Marc Sylvestre me reprochent de ne pas avoir eu les c... Le courage de réformer les retraites, mais si j'avais réformé les retraites, est-ce que vous imaginez ce qu'on m'aurait dit, mâme Chabot?

Y aurait eu des manifestations de salariés en colère, mâme Chabot, vous pouvez en être sûre".

Mais ce n'est pas (du tout) ce que Nicolas Sarkozy a dit.

A chaque fois que ce mec se pointe pour t'expliquer, avec son air d'avoir tout d'un coup inventé le fil à couper le beurre, qu'il a dû faire des mécontents pour faire des heureux, les heureux sont riches, et les mécontents, pauvres.

De sorte qu'à la fin des fins, ses grotesques syllogismes ne sont pas du tout la marque d'un bon gros bon sens bien d'cheux nous, mais bien plutôt celle de la préservation d'intérêts de classe(s), où le nanti se gave aux frais de la gueusaille.

Pourquoi je te raconte ça?

Parce que Nicolas Sarkozy vient, sur le sujet de sa politique étrangère, et dans ce même sempiternel registre de la vraie-fausse démonstration à deux balles, de pulvériser un nouveau record mondial de foutage de gueule caractérisé.

Nicolas Sarkozy vient en effet d'appliquer à la visite en France du colonel Kadhafi sa formule magique: ah-ben-on-dit-que-je-devrais-pas-faire-ça-mais-si-je-ne-fais-pas-ça-qu'est-ce-qu'on-va-me-dire-mâme-Chabot?

Nicolas Sarkozy a déclaré ceci, qui restera gravé pour les siècles des siècles dans le marbre cynique des grandes fumisteries: "Si nous n'accueillions pas les pays qui prennent le chemin de la respectabilité, que devrions-nous dire à ceux qui prennent le chemin inverse?"

(Nicolas Sarkozy n'a pas rajouté: "Mâme Chabot".

Mais on sent que le coeur y était.)

S'il te plaît: observons cette crâne proclamation.

D'abord, la France n'"accueille" pas la Libye: la France, d'une main experte, caresse (amoureusement) le fondement d'un nouveau client, qui a l'extrême gentillesse de lui acheter "des airbus pour plus de 3 milliards d'euros, un réacteur nucléaire et de nombreux équipements militaires". (1)

Si la France déroule un tapis rouge devant Kadhafi, c'est parce que "la visite du colonel Kadhafi pourrait" notamment " voir aboutir les négociations engagées par Eurocopter (groupe EADS), le fabricant des hélicoptères militaires (Tigre, Fennec) pour lesquels Tripoli affiche de gros besoins" (1).

Comme dans les rêves les plus fous de messieurs Dassault, Sarkozy et Schweitzer, qui sont capitalistes, et pour qui par conséquent l'argent (des ventes d'armes) n'a pas d'odeur: "Les commandes pourraient porter sur une douzaine de" chasseurs "Rafale" de chez Dassault, et sur "huit à douze Tigre et autant de Fennec".

De quoi bousiller le cas échéant pas mal de monde - mais si je ne cède pas aux Libyens l'arsenal qui éventuellement leur permettra de faire du hachis de victimes collatérales, que me dira-t-on, mâme Chabot?

(C'est ce que Pierre Moscovici appelle, non sans quelque pertinence, "la diplomatie du chéquier": ça fait maintenant plus de cinq ans qu'un "socialiste" n'avait plus sorti autre chose que d'affligeantes c... Sottises, et franchement, ça vaut le coup de marquer l'événement d'une pierre blanche.)

Ensuite, est-ce que la France accueille, en la personne de Mouammar K., un homme qui prend "le chemin de la respectabilité"?

La réponse est vachement relative.

Certes, si tu fais tes comptes, il est absolument certain que le gars est beaucoup moins dangereux que George W. Bush.

Certes encore, l'excellent Bernard Kouchner le trouve plutôt plus ouvert qu'il y a quelques années, puisque, dit-il, "nos polices coopèrent" (2).

(C'est à cela notamment que se reconnaît Bernard Kouchner: il aime, quand des keufs collaborent - et comme aucun journaleux n'a l'outrecuidance de lui demander sur quoi exactement porte cette collaboration, il aurait tort de se gêner.)

Mais d'un autre côté, il est vrai aussi que si tu regardes ce qu'en dit Amnesty International, tu t'aperçois qu'il n'y a quand même pas de quoi se les fourrer à la nougatine, car, devine quoi?

"Le bilan de la Libye en termes de droits humains reste très insatisfaisant".

Amnesty relève, par exemple, que "les textes nationaux" libyens "n'ont aucune disposition permettant aux demandeurs d'asile de présenter leur cas", et que "les conditions de détention des "migrants illégaux" seraient déplorables, avec des expulsions régulières de nombreuses personnes, sans prise en compte de leur besoin de protection".

(Dis donc, c'est cocasse: je m'aperçois en l'écrivant que ce qui nous est dit là du régime du colonel Kadhafi pourrait s'appliquer au mot près à la France décomplexée du colonel (de réserve) Brice Hortefeux!

Est-ce que tu crois que c'est de ça que veut parler Bernard Kouchner, quand il célèbre la collaboration des polices libyenne et française?)

Dernier point - mais non le moindre: quand Sarkozy demande ce que nous devrions dire aux pays qui ne prennent pas le chemin de la respectibilité, il nous prend carrément, je le crains, pour une espèce de gros tas de gigantesques connards.

(Je me demande même si, à ce point-là, ce n'est pas de la provocation.)

Parce que naturellement, nous connaissons la réponse.

Quand Nicolas Sarkozy découvre un pays-qui-ne-prend-pas-le-chemin-de-la-respectabilité, il s'empresse tout simplement de nouer des idylles avec ses dirigeants: ça se vérifie régulièrement.

Le cas le plus spectaculaire est naturellement celui des Etats-Unis, dont nous pouvons dire beaucoup de choses, mais certainement pas qu'ils prendraient, sous la férule de la clique bushiste, la voie d'une quelconque repectabilité: voilà au contraire des gens qui ont menti à mort pour déclencher une sale guerre qui a fait de hautes montagnes de victimes civiles - et qui ont, dans cette guerre, pratiqué la torture comme aux heures les plus noires de l'histoire de l'humanité.

Si tu cherches des gens fréquentables, et si tes pas te mènent à Washington, tu t'empresses en principe de passer ton chemin - sauf si tu t'appelles Nicolas Sarkozy, qui passe carrément sa vie à serrer George W. Bush dans ses petits bras.

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Exemple numéro deux: est-ce que tu dirais que la Russie de Poutine prend le chemin de la respectabilité?

Pas exactement, n'est-ce pas?

Tu es plutôt saisi d'une espèce de forte envie de vomir, au récit du trucage de sa dernière élection législative.

Mais Nicolas Sarkozy, lui, félicite chaleureusement son copain Vladimir - pour sa belle victoire, pour son très joli score stalinien.

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Exemple numéro trois: pouvons-nous raisonnablement considérer que la Chine populaire prend le chemin de la respectabilité?

Oui da, si nous pensons qu'il est après tout bien normal de loger une balle dans la nuque des gens qui là-bas ne sont que moyennement d'accord avec la ligne définie par le Parti (unique) - et de faire payer cette balle par leurs familles.

Oui da, si nous pensons qu'il est après tout bien légitime de martyriser le Tibet.

Non da, si (nonobstant la propagande que le régime décomplexé de Nicolas Sarkozy nous prodigue à flot(s) continu(s) pour nous dire que nécessité commerciale fait loi) nous restons cramponnés à deux, trois idées simples, excessivement bien-pensantes, sur les droits humains, la démocratie - et autres minuscules billevesées.

Or, dis-moi?

Qui était l'autre jour à Pékin - sans sa secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme (3), certes, mais avec la fine fleur du patronat décomplexé?

Qui frétillait de l'aise ostentatoire des parvenus, cependant que l'Armée populaire de libération (des capitaux) lui présentait les armes (qui martyrisent le Tibet)?

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Qui flattait, d'une main parfumée au jasmin, la croupe des brutes infâmes du Parti "communiste" chinois?

Oui, mon ami(e): c'était Nicolas Sarkozy.

Le gars qui accueille les pays qui prennent le chemin de la respectabilité.

Le gars, surtout, qui lance des mots doux aux pays qui ne prennent pas le chemin de la respectabilité, mais qui lâchent du gros pognon à ses teupos du patronat.

Mâme Chabot.






(1) "Le Journal du Dimanche", 9 décembre 2007.
(2) "Libé", ce matin.
(3) Dans "Le Parisien" de ce matin, Rama Yade "regrette de ne pas (...) avoir été en Chine", car, demande-t-elle, "pourquoi cacher la secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme?"
Mais quelle bonne question: je vous remercie de l'avoir posée.
Rama Yade, semble-t-il, n'a pas complètement compris qu'elle est dans le gouvernement un alibi, et que le gouvernement la cache parce qu'en Chine ce ne sont pas (du tout) les droits de l'homme qui vont nous faire gagner les gros milliards qui font la joie de Sarkozy (et du MEDEF).

09/12/2007

La Déontologie, Coco, C'Est Comme L'Orthographe: Tu L'As, Ou Tu L'As Pas

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Cette semaine, dans "Marianne", il y a, en page 6, un de ces (nombreux) papiers, qui me révulsent, où des journaleux se (et te) donnent l'impression de réfléchir (un peu) à ce qui se passe dans nos banlieues, mais qui leur servent en réalité à klaxonner ce crâne message de Nicolas Sarkozy: "Quand on commence à expliquer l’inexplicable, c’est qu’on s’apprête à excuser l’inexcusable".

Ce papier a pour titre: "Ceux qui ne comprennent rien à la banlieue".

Tu lis ça, tu devines que, par contraste, son auteur, lui, a le sentiment d'avoir tout compris (à la banlieue), et tu vas voir: c'est du pesant.

Sa "démonstration", les guillemets sont de moi, tient dans peu de mots: de son point de vue, "la France" est "coupée en deux après le drame de Villiers-le-Bel".

(Foutre: l'hypothèse est courageuse.)

De son point de vue, il y a, d'une part, "à droite, ceux qui, par abus de langage, stigmatisent une "voyoucratie" qu'ils finissent par confondre avec la banlieue elle-même".

Et il y a, d'autre part, "à gauche", équité oblige, "ceux qui, aveuglés par leur grille de lecture à sens unique, ne jurent que par le déterminisme social et ne voient même pas qu'un seuil important a été franchi dans la violence des émeutes".

Ceux-là, nous explique notre expert ès-banlieue, "invoquent, pour tenter de justifier l'injustifiable (l'agression violente de policiers), le fait que les réfrigérateurs seraient vides, dans ces quartiers, bien avant la fin du mois".

(Je te prie de bien noter, ici, le conditionnel: nous avons là des réfrigérateurs qui "seraient" vides, mais ça reste à vérifier - rien ne prouve après tout que ces gens des cités pourries où le chômage explose ne planquent pas dans leurs caves, entre deux viols collectifs, de lourdes réserves de foie gras; ce n'est pas comme si mille enquêtes avaient documenté la paupérisation des ghettos banlieusards.

La déontologie, coco, c'est comme l'orthographe: tu l'as, ou tu l'as pas.

Et si tu l'as, tu mets du conditionnel à la déshérence de nos départements et territoires d'outre-périphérique, parce que bon, t'es pas du genre à gober tout cru ce que raconte la gueusaille des "quartiers", on sait comment ces gens-là sont, toujours à se plaindre, toujours à réclamer, toujours à se chercher de la culture de l'excuse - mais à moi, on ne me la fait pas.)

Et que je te dise: je veux bien tout ce qu'on veut, mais j'en ai quand même sévèrement ras le cul, de lire à chaque nouveau soulèvement des banlieues ces conneries sur la gauche qui essayerait de "justifier l'injustifiable".

Pour le dire autrement: j'aimerais assez que les journaleux qui nous servent jour après jour ce pérenne bobard nous disent enfin de qui exactement ils nous parlent, quand ils nous balancent long comme le bras, mais sans jamais citer de nom(s), "ceux qui (...) ne jurent que par le déterminisme social (...) pour tenter de justifier l'injustifiable".

Parce que dans la vraie vie, tu peux lire de (très) près tout ce qui à gauche s'écrit sur les banlieues: jamais tu ne verras un sociologue, par exemple, "justifier l'injustifiable".

Dans la vraie vie, Laurent Mucchielli, pour ne citer que lui, n'a jamais dit, que je sache: "Allez-y les p'tits gars, tirez sur la police!"

Dans la vraie vie, la gauche (et il va de soi que je ne parle pas ici du Parti "socialiste") ne justifie rien: elle cherche à expliquer, autrement que par le déterminisme (justement) "ethnico-religieux" cher aux penseurs de chevet de Nicolas Sarkozy, la réalité, complexe, de certaines banlieues.

Elle cherche, en somme, à se (et nous) donner les moyens de prévenir, plutôt que de guérir (par le déploiement de compagnies républicaines, et par l'amputation drastique des budgets dévolus à l'entretien des liens sociaux).

C'est ce qui précisément est insupportable aux journaleux dominants, et pour cause: depuis vingt ans (et plus), ils s'appliquent à nous injecter, à intervalle régulier, de la banlieue dangereuse, peuplée des classes du même nom - avec de temps en temps, c'est vrai, car l'équité oblige, le portrait, sur TF1, de Mouloud, qui a si bien réussi, nonobstant l'atavisme, à monter sa SARL au milieu d'une zone pourrie, et qui du coup trouve qu'en effet, les forces du Marché valent bien celles de l'esprit.

(Te dire à quel point j'adore ces histoires édifiantes où un jeune basané s'extrait de sa misère grâce aux mille vertus curatives de la libre entreprise.)

Alors évidemment, si les mêmes journaleux devaient soudain renoncer aux facilités de leurs papiers à deux balles sur la-dure-vie-des-keufs-du-fin-fond-de-la-Seine-Saint-Denis-confrontés-à-des-bandes-ethniques (1) pour enquêter plutôt sur ce qui fait que la vie est plus dure à Clichy-sous-Bois qu'à Neuilly, ça les traumatiserait - tu penses.

Dès lors, quand la gauche veut expliquer ce qui se passe dans le 93 autrement que par des clichetons à trois centimes, ils conviennent que oui, neffet, tout n'y est pas toujours tout rose, tout cette misère ma bonne dame - puis juste après ils invent que la gauche essaie de justifier l'injustifiable.

Le papier de "Marianne" est une caricature de cette fausse équité, bien faux-cul, où on t'explique, c'est vrai, que la droite abuse un peu quand elle réduit la banlieue aux voyous, mais que bon, soyons justes: la gauche aussi, exagère.

Fausse équité, parce que s'il est parfaitement vrai que la droite refuse obstinément de voir dans le soulèvement des banlieues la moindre "crise sociale", en revanche il n'est pas vrai (du tout) que la gauche voudrait "justifier l'injustifiable" - car dans la vraie vie, qui n'a certes pas grand chose à voir avec les mâles proclamations de Nicolas Sarkozy, expliquer n'est pas excuser, comprendre n'est pas justifier.

Mais ça, n'est-ce pas, nos journaleux font comme s'ils ne le comprenaient pas - ça les aide à maintenir le statu quo dans les banlieues, jusqu'à la prochaine émeute, où de nouveau ils te diront que tu n'as rien compris - et où derechef ils se dévoueront pour t'expliquer: "Alors tu vois, c'est simple, au fond: t'as la France qui est coupée en deux..."





(1) Dans "Le Point" de la semaine: "Violences urbaines: la grande peur des policiers".

08/12/2007

De Belles Et Bonnes Leçons De Véritable Démocratie

As-tu relevé, ami(e), comme ces gens de l'Amérique latine que la réaction (qui ment), du haut de sa morgue haineuse, nous présente comme d'effroyables staliniens, je pense à Hugo Chavez, à Evo Morales - as-tu relevé, disais-je, comme dans la vraie vie ces gens nous dispensent jour après jour de belles et bonnes leçons de véritable démocratie?

As-tu relevé que, là comme ailleurs, la réalité se traduit par le permanent démenti de la propagande hystérique dont nous submergent au quotidien les menteurs professionnels du Parti de la presse et de l'argent (PPA) - qui sont, d'évidence, les seuls vrais staliniens de l'époque?

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La semaine dernière, tu le sais, le président vénézuélien Hugo Chavez a perdu le référendum dont le PPA nous avait mille fois répété qu'il serait forcément truqué, puisque le gars était l'abominable caudillo qui rêvait d'asservir une population éreintée.

Alain-Gérard Slama, prêcheur halluciné, pronostiquait (par exemple), dans les pages du "Figaro", que Chavez, "dictateur d'un nouveau type", avait organisé "un système de pouvoir plébiscitaire original", sous la forme d'un "référendum contrôlé par 100.000 soldats" (1).

Mais Chavez a perdu, nonobstant les 100.000 soldats, et Chavez a reconnu qu'il avait perdu.

Naturellement, le PPA n'a présenté aucune excuse, après nous avoir gavé(e)s de ses hideux mensonges.

(Naturellement, Alain-Gérard Slama n'a pas (du tout) fait le choix de s'exiler durablement sur un îlot rocheux du large des Kerguelen, pour y cuver dans une absolue solitude la honte insigne d'avoir (très) gravement déliré: le pontifiant nous reviendra, espère, comme si de rien n'était - pour de nouveau nous infliger, sur tel sujet qui lui plaira, ses laides prédications.)

Naturellement, le PPA ne dit nulle part que dans la vraie vie, un homme foule en effet aux pieds la démocratie, en effaçant par ses manoeuvres l'expression référendaire d'une volonté populaire, et que cet homme n'est pas (du tout) Hugo Chavez, mais qu'il s'agit, tu l'as reconnu, du crâne Sarkozy, qui ces jours-ci corrige par un mini-traité le "non" d'il y a deux ans à l'Europe des marchés.

C'est ainsi que se met en place, juste en bas de chez nous, cependant même qu'elle progresse au Venezuela, quelque chose qui déjà n'est plus tout à fait de la démocratie - et le PPA s'en félicite, car il ne déteste rien tant que la voix du peuple, quand la voix du peuple va contre ses intérêts de classe.

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Vois cet exemple, encore: en Bolivie, des opposants manifestent (brutalement) contre Evo Morales.

Cela fait bien sûr le ravissement du "Monde", qui a pour ces régions un correspondant, Paulo Paranagua, dont la vie professionnelle semble se résumer assez à la croisade hallucinée qu'il mène, depuis des années, à (très) grands coups de vilenies, de raccourcis et de menteries, contre tout ce qui, sous Tijuana, se positionne un peu à gauche d'Alvaro Uribe.

Jeudi (6 novembre), par exemple, "une centaine de personnes ont attaqué à coups de pierres un avion militaire vénézuélien" qui "stationnait sur l'aéroport de Riberalta, dans la région de Beni (nord-est de la Bolivie)" - ainsi que "Le Monde" nous l'apprenait hier avec beaucoup de gourmandise.

Naturellement, si une centaine de personnes attaquaient ainsi un aéroplane étatsunien sur le tarmac d'un aéroport du nord-est de la France, tu imagines bien que "Le Monde" vomirait à longs jets sur ces damnés psychopathes, et nous rappellerait, ainsi que d'accoutumée, que nous sommes tous américains.

Mais là?

Rien.

Par un mot pour interroger le caillassage de Riberalta.

"Le Monde", par exemple, n'aime pas que chez nous des carabins prennent "l'université en otage".

Mais "Le Monde" aime que des opposants boliviens usent à coups de pierres de leur liberté d'expression: "Le Monde", manifestement, voit dans cette excitation l'expression d'une espèce de regain démocratique.

Et pendant ce temps-là, comment réagit le président Morales?

Il "remet en jeu son mandat", en s'exposant à un "référendum révocatoire".

Et comment réagit "Le Monde" à l'annonce de tant de vraie démocratie?

"Le Monde" réagit en citant les "opposants" pour qui "Evo Morales ne songerait qu'à se maintenir au pouvoir, comme le président vénézuélien Hugo Chavez".

(Note comme, d'une (seule) phrase, Paulo Paranagua, fidèle à sa réputation, arrive à fustiger deux présidents pour le prix d'un.)

Voilà exactement ce que j'appelle: avoir de la constance, dans la négation cauteleuse de la réalité.

Comme tu sais: nous sommes des millions, et bientôt des (centaines de) milliards, à considérer que Nicolas Sarkozy ne songe qu'à se maintenir au pouvoir.

Comme tu sais: Nicolas Sarkozy n'a pas du tout remis son mandat en jeu, au moment du mouvement social de ces dernières semaines.

Nicolas Sarkozy est par conséquent beauuuuucoup moins démocratique, dans son exercice du pouvoir, que ses homologues du Venezuela et de la Bolivie.

Comme tu sais: "Le Monde", pour autant, ne considère pas (du tout) que "notre" chef de l'Etat serait un abominable caudillo.

Comme tu sais, pendant que la démocratie progresse à la vitesse du son en Amérique latine, ici elle régresserait plutôt - mais "Le Monde" se tait, car "Le Monde" épuise dans ses croisades anti-Chavez toute ses réserves de courage.



(1) Cité dans "Marianne", ce matin.

"Une Forme Particulière De La Réaction Française"

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"Il n'y a pas de ressemblance au sens strict, mais un esprit commun.

J'appelle "pétainisme" une forme particulière de la réaction française, qui existe au fond depuis 1815.

Premier trait: présenter une politique capitularde comme une régénération nationale.

La "rupture", c'est quoi?

Le démantèlement des acquis sociaux, le fait que les riches paient moins d'impôts, qu'on privatise de façon rampante l'université, qu'on donne les coudées franches aux affairistes.

Cette façon de déguiser une soumission au capitalisme mondialisé en révolution nationale relève en soi du "pétainisme", au sens formel.

Deuxième trait: une répression administrative très dure, visant des groupes tenus pour étrangers à la société "normale".

Il ne faut tout de même pas oublier que la dernière élection s'est gagnée sur la capacité à capter les électeurs du FN.

Créer des suspects, les Africains, ou les musulmans, ou les jeunes des banlieues, figures à réprimer et à surveiller, est une activité essentielle du nouveau pouvoir, loin d'être seulement son ornement extérieur".

Alain Badiou, "Le Nouvel Observateur", 6 décembre 2007.

03/12/2007

Et Maintenant, Vite: Un Référendum (Où Nous Dirons Si Nous Souhaitons Que Sarkozy Reste "Président A Vie")

Je ne sais pas si tu as noté comme ces jours-ci la presse a donné libre cours, avec une grossièreté jamais atteinte, à ses pulsions anti-chavistes?

Ce fut un festival de menteries effrontées, d'où ressortait, pour l'essentiel, que le président vénézuélien était comme un nouveau Staline, et que cela se voyait, notamment, à ce qu'il s'apprêtait à s'imposer, par le biais d'une réforme constitutionnelle, en "président à vie" d'un pays (déjà) muselé.

Dans la vraie vie, naturellement, les choses étaient (beaucoup) moins évidentes: la réforme en question devait juste lui permettre de se porter candidat à sa propre succession autant de fois que possible.

Pour le dire autrement: il n'était bien sûr pas question, pour Chavez, d'imposer une présidence à vie, mais de s'ouvrir la possibilité de remettre en jeu son mandat présidentiel à chaque nouvelle élection.

Je n'ai toujours pas compris en quoi cela n'était pas démocratique.

Nicolas Sarkozy, par exemple, peut très bien décider soudain, et à cette aune, qu'il sera président à vie ("de tous les Français"): notre Constitution le prévoit, et la seule différence entre Sarkozy et Chavez est que Chavez, lui, a soumis son projet de réforme à un référendum.

En sorte que, du point de vue même de celles et ceux qui ont ces jours-ci déversé par hectolitres leur bile anti-chaviste, Hugo Chavez est vachement plus démocratique, dans son exercice du pouvoir, que Nicolas Sarkozy.

D'ailleurs, comme tu sais: les Vénézuélien(ne)s ont majoritairement voté "non".

Ils n'ont pas voulu de la réforme que leur proposait leur président.

Et là, est-ce que Chavez a le moins du monde contesté ce résultat - qui ne doit pourtant pas le ravir?

Nullement.

Chavez, au contraire, "admet sa défaite: "A présent, Vénézuéliens et Vénézuéliennes, faisons confiance aux institutions", a-t-il déclaré, lors d'une conférence de presse au palais présidentiel" - ainsi que le relève ce matin "Le Nouvel Observateur"(.fr).

Hugo Chavez est, en somme, et contrairement à ce qu'ont prétendu les illuminé(e)s qui ont mené campagne sur le thème de ses fantasmatiques pulsions totalitaires, scrupuleusement respectueux de la démocratie.

(C'est bien le moins.)

Naturellement, j'attends maintenant que les propagandistes au petit pied qui n'ont cessé de nier cette réalité fassent preuve de cohérence - et de conséquence.

J'attends, maintenant que nous savons que rien (ou presque) ne leur semble si dangereux que la possibilité constitutionnelle, pour un président de la République, de se (re)présenter à sa propre succession autant de fois qu'il le souhaitera - j'attends, disais-je, qu'ils appliquent à Nicolas Sarkozy le traitement qu'ils ont réservé à son homologue vénézuélien.

Je ne doute pas que ces braves gens vont exiger, sur un tel sujet, porteur selon eux de si lourds périls, un (rapide) référendum, où nous pourrons dire si nous souhaitons, oui ou non, que cet homme puisse devenir président à vie:


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Pour ma part, je ne te le cache pas: je voterai "non".

Comme un Vénézuélien de base.








(Post-scriptum (qui n'a rien à voir).
J'ai, tel que tu (ne) me vois (pas), un bouquin à finir.
Aussi vais-je mettre ce blog en sommeil, pour trois (petites) semaines.
(Je ne dis pas que je ne (te) balancerai pas quelques lignes de loin en loin.)
A bientôt donc, et je t'en prie, sois sur tes gardes: n'oublie jamais que Celui Dont On Ne Doit Pas Dire Le Nom fomente en son palais de nouvelles méchancetés.)

02/12/2007

Diriez-Vous Que Les Journalistes Et Les Sondeurs Sont De Laids Propagandistes, Ou Qu'Ils Ont Raison (D'Essayer) De Nous Manipuler?

"Le Journal du Dimanche" publie ce matin, pour notre édification, un sondage d'où ressort que Sarkozy est petit, mais qu'il est gentil (et joli évidemment, et relativement sexy).

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("Le Journal du Dimanche" appartient comme on sait à Nostradamus Lagardère, qui se présente volontiers comme le "frère" de Sarkozy, et du coup ont est content(e)s pour lui que nulle fâcherie dominicale ne vienne déranger sa fratrie.)

Une question en particulier, posée par Ifop à un traditionnel "échantillon de 950 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus", nous renseigne, utilement, sur l'état d'esprit des sondeurs, et de leurs commanditaires du Parti de la presse et de l'argent (qu'une sain(t)e colère populaire emportera bientôt): ces gens ne savent pas s'ils doivent énergiquement lécher le chef de l'Etat, ou si au contraire ils doivent lécher vigoureusement le chef de l'Etat.

(Cruel dilemne.)

Cette question est, tenez-vous bien: "Diriez-vous que Nicolas Sarkozy est trop présent dans les médias, ou qu'il a raison de vouloir expliquer en permanence sa politique?"

(Moscou 1949: "Camarrrade, est-ce que tu penses que le grrrand Staline est trrrop prrrésent dans nos vies, ou si tu trrrouves qu'il a rrraison de vouloirrr nous tenirrr au courrrant?")

Naturellement, t'as une majorité de pauvres aliéné(e)s gavé(e)s de jités qui répondent que oui, neffet, Sarkozy a raison de vouloir expliquer sa politique.

Naturellement, t'as pas grand monde, quand tu poses une question aussi truquée, pour te répondre, ah ben non, moi, tu vois, je suis juste un(e) pauvre con(ne), je préfère qu'on ne m'explique rien.

Non moins naturellement, l'omniprésence de Sarkozy dans les médias n'a aucune espèce de rapport, dans la vraie vie, avec ce prétendu souci explicatif - mais elle trahit, par contre, que les journalistes sont avec lui comme des camé(e)s de compétition prêts à n'importe quoi pour s'enfiler une dose.

Pour le dire autrement: le problème ne vient pas de ce que le chef de l'Etat s'imposerait aux médias, mais de ce que les médias nous imposent le chef de l'Etat, matin, midi et soir.

Ce matin, par exemple, Sarkozy n'intervient nulle part dans "Le Journal du Dimanche" pour expliquer sa politique - et pourtant Sarkozy est (omni)présent aux pages un à trois du "Journal du Dimanche".

Dans son éditorial (évidemment loufoque), l'inénarrable Jacques Espérandieu pose par exemple, à la une, que François Bayrou est "le grincheux de service".

Pourquoi?

Pourquoi François Bayrou est-il grincheux?

Parce qu'il estime que "la politique Sarkozy" est un "projet d'inégalités croissantes", que le "paquet fiscal" est une "erreur", et que "la réforme de la carte judiciaire" est "trop chère".

Je n'ai comme tu sais aucune sympathie particulière pour François Bayrou, mais je trouve quand même intéressant d'observer que le seul fait de n'être pas d'accord en tout point avec Sarkozy lui vaut désormais d'être indexé dans la grincherie par le boss d'un hebdomadaire qui appartient au "frère" du chef de l'Etat: ça en dit long, n'est-ce pas, sur la décomplexion de nos journaleux dominants.

Et quant aux pages deux et trois de ce burlesque hebdomadaire, elles énoncent posément (c'est le (très) gros titre qui les barre) que: "La méthode Sarkozy fonctionne encore".

(Julien Dray, "socialiste", le confirme dans une (courageuse) interview: "Moi, je ne vais pas critiquer Nicolas Sarkozy".)

Projet de question pour un prochain sondage Ifop: "Diriez-vous que Nicolas Sarkozy est trop présent dans les médias, ou que les médias qui mentent et lèchent ont raison de vouloir justifier en permanence sa politique?"

 
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