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02/12/2007

La Voie Du Yucca

Rien de mieux, pour se détendre les nerfs (mis à rude épreuve ces temps-ci par le régime odieux qui prétend régner sur nos vies), que de regarder pousser une plante verte.

Je tiens ça d'un vieux maître japonais de la voie du yucca ("yucca-do", en patois vernaculaire des îles Yaeyama), et je l'ai, personnellement, plus d'une fois vérifié.

En gros, tu mets de la musique traditionnelle japonaise, genre un truc plein de cithare comme dans une pub Obao, pling-pling-pling, pling, pling, pling-pling-pling, tu fais zazen devant ton yucca, et au bout de quelques minutes, c'est radical: tu as complètement oublié jusqu'à l'existence même de Brice Hortefeux, et tu as progressé vers le satori.

C'est franchement apaisant.

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Et je te rassure: si tu n'as chez toi ni yucca, ni aucune espèce de plante verte, ça marche aussi avec les "socialistes" - à la minuscule différence près que dans ce cas-là tu peux (mais ce n'est pas une obligation) remplacer les vieux airs du folklore d'Okinawa par du rock'n'roll engagé, type Vincent Delerm.

Tu peux très bien regarder pousser Bruno Julliard, par exemple: c'est totalement émollient.

Je te rappelle juste, avant que tu ne commences ta méditation, que Bruno Julliard a demandé il y a trois jours, le 29 novembre, que cesse "la mobilisation contre la loi sur l'autonomie des universités" (1).

Que Bruno Julliard a ensuite communiqué, le 30 novembre, après avoir ainsi contribué au bris du mouvement étudiant (phagocyté il est vrai, de l'avis général de Valérie Pécresse, par des milliers d'agents de la Stasi), qu'il "démissionnait de la présidence de l'UNEF".

Qu'enfin Bruno Julliard, au mois de mars prochain, sera, pour les municipales, candidat "socialiste" à Paris.

Pour t'aider un peu dans ta méditation, tu peux fixer ton esprit sur un objet de la vie courante - et je te propose, par exemple, ce vieux portrait un peu jauni d'un boss de la CFDT:

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Ca devrait pas mal t'aider.








(1) "Le Monde".

01/12/2007

War On Terror Dans Ta Banlieue Pourrie

Je ne sais pas si tu as noté comme le régime, ces jours-ci, en remet grave, dans ses mises en garde aux "délinquants" et autres "assassins" (1) des banlieues.

"Que des individus puissent tirer sur les forces de l'ordre, (...) je ne peux pas l'accepter (...): nous les retrouverons un par un", a promis le chef de l'Etat.

Or, n'est-ce pas: "Nous les retrouverons" aurait suffi.

Nul besoin, a priori, pour faire passer le message, de rajouter ce: "Un par un".

Et quand Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale, déclare (2): "Ceux qui ont tiré (3) seront impitoyablement poursuivis et arrêtés: il faut qu'ils sachent que même lorsque le calme sera revenu, on continuera à les chercher"?

Même remarque: "Ceux qui ont tiré seront impitoyablement poursuivis et arrêtés" suffisait à nous édifier.

Nul besoin, a priori, d'en rajouter - nous ne sommes tout de même pas si débiles, n'est-ce pas, que nous ne comprenions pas ce que signifie le mot: "Impitoyablement".

Or.

Cette espèce de surenchère dans le verbe gouvernemental a de récents précédents: elle rappelle, inévitablement, celles de Bush et Poutine, dans leurs "guerres aux terroristes".

Rappelez-vous George W. promettant, à l'automne 2001: "Nous les chercherons, nous les débusquerons, nous les fumerons".

(Et répétant, quatre ans plus tard: "Nous les trouverons, nous les jugerons et en même temps nous répandrons une idéologie d'espérance et de compassion qui l'emportera sur leur idéologie de haine" (3).)

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Rappelez-vous Poutine proclamant, sous le sceau de sa fine élégance de cosaque désinhibé: "Nous les buterons jusque dans les chiottes".

Là encore, n'est-ce pas, "nous les fumerons" et "nous les buterons" auraient suffi à nous informer des intentions de l'un et de l'autre.

Mais l'un et l'autre ont voulu en rajouter, en remettre, un peu comme si la vie était un scénario de western - et c'est, je crois, le même relâchement, qui est aujourd'hui à l'oeuvre dans le discours de nos gouvernants sur les banlieues.

Et je ne crois pas que ce soit complètement innocent.

Il y a quelques temps, apprenant, au soir de l'élection de Sarkozy, que pour l'occasion "plus de 3.000 policiers" seraient "déployés dans la région parisienne et plus particulièrement à Paris et dans les trois départements de la petite couronne, la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne et les Hauts-de-Seine", on se moquait ici, toi et moi, de la boursouflure de ce dispositif (1) - et, déjà, on s'en inquiétait.

Or, d'évidence: tout est fait, en effet, comme nous le redoutions alors, pour nous préparer aujourd'hui à des opérations de "maintien de l'ordre" dans nos DOP-TOP (départements et territoires d'outre-périphérique) - façon quadrillons-les-djebels.

Hamé, chanteur de La Rumeur, que le régime n'aime pas (et que le régime voudrait un peu museler, dans l'indifférence de nos vaillants-défenseurs-de-la-liberté-d'expression), le souligne ce matin (6): "Ce qui a été peu relevé (dans le Val-d'Oise), c'est la militarisation croissante du mode d'intervention de la police".

Il ajoute: "A Villiers-le-Bel, c'était hallucinant".

Et de préciser: "Les hélicoptères et les drones ont été de sortie, les effectifs déployés renvoient à des états de siège".

Conclusion, évidente: "On passe de simples opérations de police à des opérations de type militaire".

De fait, "Le Figaro" mentionnait mercredi, sans que cela ne suscite la moindre stupéfaction: "Les hommes du RAID ont aussi été appelés en renfort avec pour objectif prioritaire la "neutralisation des tireurs". Munis de moyens vidéo nocturnes, les policiers d’élite ont pris position en différents points stratégiques".

Hélicoptères, drones, snipers: c'est tout le traditionnel arsenal des opérations de "guerre au terrorisme" qui désormais s'applique dans nos banlieues, sans que nous ne mesurions vraiment, je le crains, ce que ça représente - ce que ça révèle de la psychologie de ceux qui tiennent dorénavant le pays.

(Ivan Rioufol, bloc-noteur halluciné au "Figaro" (7), s'en réjouit pour sa part: il voit cette semaine, dans les "ghettos" banlieusards que ronge, dit-il, un "séparatisme ethnico-religieux", des "zones de combat" où "la police (a) sa place, voire l'armée".)

On sait que Sarkozy, pour justifier de ce tournant (guerrier plus que sécuritaire), use de l'argument que: "La réponse aux émeutes, ce n'est pas plus d'argent'.

Ce disant, naturellement, il nous prend, ce n'est certes pas la première (ni la dernière) fois, pour des neuneus oublieux de niveau 8 (sur l'échelle du neuneuisme oublieux), mais par exemple (parmi d'autres), et nonobstant cette permanente réécriture de la réalité, nous nous rappelons que la droite, sitôt que les agriculteurs qui lui font dans nos campagnes un soubassement électoral se livrent à de crânes déprédations, leur consent, plutôt que de les prévenir qu'ils seront poursuivis "même lorsque le calme sera revenu", à chaque fois "plus d'argent".

Nous nous rappelons que sous le règne décomplexé de Sarkozy, "la réponse" aux banlieues est moins d'argent pour les solidarités sociales, amputées cette années de 30 millions d'euros - mais "plus d'argent", tout de même, pour les drones et le tout-sécuritaire.

Nous nous rappelons que Sarkozy, qui nous annonce posément, sous les applaudissements nourris du "Figaro", qu'"il n'y a pas d'argent dans les caisses de l'Etat", est l'homme qui a récemment consenti à "2.398 contribuables, parmi les plus aisés", un très joli cadeau fiscal de "50.000 euros" - chacun (8).

La réponse du régime aux nanti(e)s est, à nos frais, de leur faire des cadeaux somptuaires qu'ils n'ont même pas (tou(te)s) demandés.

La réponse du régime aux banlieues (ainsi d'ailleurs qu'aux étudiants et lycéens qui manifestent) est de leur faire donner la troupe, au lieu que les moyens d'échapper à leur(s) misère(s).

Ce n'est bien sûr pas (du tout) une réponse de bon gros bon sens, genre fini "l'angélisme", comme Sarkozy voudrait nous le faire croire - puisque, répétons-le, cet homme sait trouver, quand il en a besoin pour des ami(e)s déjà muni(e)s, 15 milliards d'euros pour leur faire un "paquet fiscal".

C'est le signe que ce régime veut "guérir", plutôt que prévenir.

C'est le signe que ce régime ne s'épanouit que dans les confrontations nées de situations qu'il aura, très soigneusement laissé pourrir - en réaffirmant qu'il ne lâcherait pas un rond (9).

L'excitation des tensions, fût-ce par le refus maniaque d'envisager qu'elles puissent avoir des origines sociales, est une vieille stratégie de la droite - qui lui a toujours servi à libérer ses pulsions répressives.



Mise à jour, 21.30.
Ce soir, "Le Monde" observe, dans un (long) papier, que "les médias" ont été pris "comme cible à Villiers-le-Bel".
Hervé Chabalier, "PDG de l'agence Capa", lâche, tous fusibles fondus, que: "Le métier de journaliste a toujours été dangereux dans toutes les zones de conflit, quels qu'ils soient, car le journaliste est devenu une cible et parfois une monnaie d'échange".
(Hhhhh... Une "monnaie d'échange"...)
Villiers-le-Bel est donc moins éloigné de Bagdad qu'on ne pourrait le présumer sur la foi d'un rapide survol de la géographie mondiale, et d'ailleurs: "(Une) nouveauté de ces violences urbaines est l'apparition de "fixeurs" pour guider les journalistes dans ces zones sensibles de banlieue".
Certes, "jusqu'à maintenant, cette appellation était réservée aux accompagnateurs des envoyés spéciaux dans les zones de guerre, et particulièrement en Irak".
Mais le progrès fait rage, et dorénavant: "Connaisseurs du terrain et de ses habitants, ces "fixeurs" rémunérés servent aussi de chauffeurs et d'interprètes".
Non sans mordant, "Le Monde" observe que le Val d'Oise n'est cependant pas encore (complètement) l'Afghanistan, et que par exemple, "mardi 27 novembre", à Villiers-le-Bel, "autour des CRS, des gradés et des camions remplis de matériel, une centaine de journalistes français français et étrangers ont attendu, en vain, l'étincelle".
Des journalistes embedded, en quelque sorte.








(1) "Assassins": le mot est du patron de la police nationale, après les "violences urbaines" qui ont suivi la mort de Larami et Moushin, et je trouve ça plutôt intéressant, parce que d'après mon dictionnaire, un assassin est une "personne qui commet un meurtre avec préméditation ou guet-apens" - or, tout de même, que je sache, aucun meurtre n'a été commis à Villiers-le-Bel?
(2) Dans "Le Monde".
(3) Sur des policiers.
(4) Depuis, Bush n'a débusqué ni le mollah Omar, ni Ben Laden - mais il a trouvé Abou Ghraib.
(5) "War On Terror (En Seine-Saint-Denis)", billet du 6 mai 2007.
(6) Dans "Libération".
(7) "Le Figaro", 30 novembre 2007.
(8) http://vive-le-goulag.blogspot.com/2007/09/2400-clients.html
(9) Mais bien sûr, ils exciperont de leur "plan Marshall", qui prévoit pour des millions de banlieusards l'équivalent de ce qu'ils ont offert à une poignée de privilégié(e)s.

30/11/2007

La Somme De Toutes Les Haines

1.
Hier.

(Soir.)

A la télévision.

Le chef de l'Etat.

Nicolas Sarkozy.

Dans une intervention marquée par la "fermeté" qui fait dire en Italie que:

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A tout de même tenu quelques minutes, avant de lâcher "l'immigration" dans son commentaire du bref embrasement qui a suivi dans le Val-d'Oise la mort atroce de Larami et Moushin.

La presse, évidemment, fait ce matin comme si elle n'avait pas (du tout) entendu ce raccourci - comme si elle avait du mal à bien admettre cette récitation, à une heure de grande écoute, et par "le président de tous les Français", de ce gros et gras morceau de traditionnelle démagogie.

Les jours se suivent à Sarkoland - mais se ressemblent moins qu'on ne pourrait le supposer: les haines vont crescendo, et vont s'additionnant, et finalement font un pays de haines et de ségrégation(s).

Et en effet: ça glace les sangs.

Mais du moins savons-nous désormais où nous en sommes: nous avons, d'un côté, la réalité de la vraie vie - facilement documentable.

Et de l'autre côté, une "France" décomplexée qui nie cette réalité, pour mieux l'assujettir au quotidien à son dessein.

Au temps pour les neuneus ravis qui depuis tant de temps prédisaient un effacement des clivages politiques: la droite est là, et bien là, versaillaise plus que jamais - prête, pour assurer son règne, à tous les boniments, à toutes les surenchères, à toutes les provocations.

La droite: la même, toujours - qui met toujours, au début comme à la fin de sa logorrhée nationale, de la xénophobie.

La même qui trouve toujours, aujourd'hui comme hier, des fautes à l'étranger - fût-il de l'intérieur.

La droite qui chasse et traque - au faciès, naturellement: de Charonne à Charonne, fidèle à ses "pincipes".

La droite où se réfugient les cauteleux pétochards qui ont toujours eu besoin de boucs-émissaires, et qui se sont toujours vengés sur les plus faibles qu'eux de leurs mauvaises trouilles.



2.
Voici de la réalité.

Vue par "la directrice de la Mission Locale Val-d'Oise-Est, Marie-Michelle Pisani" (1).

(Sûrement une gauchiste.)

Elle dit qu'à Villiers-le-Bel, "rien n'a été fait pour les jeunes depuis l'explosion des banlieues en 2005".

Elle dit qu'elle n'est pas "étonnée par les violences".

Que "ça fait très longtemps qu'(elle) sent que ça va exploser: il y a une telle désespérance, le sentiment que l'avenir est bouché".

Elle dit qu'elle est quotidiennement confrontée "à des situations gravissimes, (...) où la dimension de la souffrance qui s'exprime est énorme".

Que "le taux de chômage des jeunes actifs français s'élève à 22 % en moyenne", mais qu'à Villiers-le-Bel, c'est du 30 %, "et certainement plus encore".

Que "les jeunes se radient d'eux-mêmes de l'ANPE", alors même que "lorsque les entreprises viennent faire des opérations de recrutement, elles les trouvent très bien, très motivés".

Elle dit que "dans cette ville, plus du tiers (34 %) d'une génération d'enfants arrive au collège déjà en retard scolaire" - nonobstant "l'excellent travail de l'éducation nationale".

Elle dit que "depuis 2005, on (lui) avait annoncé un "plan Marshall" pour les banlieues, mais (qu'elle) n'a vu aucun changement" - si ce n'est que "de nombreuses associations qui entretenaient le lien social dans les quartiers ont vu leur financement diminuer".

Elle répète enfin: "Vous ne pouvez pas mesurer la dimension de désespérance, ici".

(Oh, si...)



3.
Voici de la réalité, vue par les Nations unies.

(Encore des gauchistes.)

"De retour d'une mission de 10 jours en France, l'émissaire de l'ONU Gay Mac Dougall a déclaré, vendredi 28 septembre (2007), qu'un racisme pernicieux perdure en France, où des minorités sont reléguées dans des "ghettos" sans espoir de promotion sociale" (2).

Gay Mac Dougall s'est "rendu compte que le racisme était un sentiment pernicieux dans la société" française.

Elle a relevé, "dans des banlieues défavorisées de Paris, Marseille et Strasbourg", que: "Des personnes qui ont beaucoup travaillé, qui ont respecté toutes les règles du jeu et qui croient sincèrement aux principes de la République française se retrouvent piégées dans des ghettos urbains où le taux de chômage dans certains cas peut dépasser 40 %".

Elle a noté que les jeunes d'origine immigrée "se sentent discriminés et rejetés par une conception rigide de l'identité nationale française qui ne leur convient pas"".

Elle a enfin regretté "l'ambiguïté" de certaines mesures et déclarations des responsables politiques français sur l'immigration, citant notamment le débat sur l'introduction de tests ADN pour les candidats au regroupement familial et la mise en avant systématique de la notion d'"identité nationale".



4.
Tu as donc, d'un côté, cette réalité-là.

(Chiffrée: le taux de chômage dans certaines banlieues et la rageuse amputation, dans les mêmes endroits, des budgets dévolus à l'aide sociale font des statistiques difficilement contestables.

Documentée: non par des Sherlock Holmes communistes libertaires, mais par des enquêteurs de l'ONU.)



5.
Et tu as, de l'autre côté, la France qui la nie.

La France qui, par le choeur des voix de Fadelamara et de son chef (de l'Etat), va répétant qu'il n'y a pas de "crise sociale" - et d'ailleurs pas de social du tout, puisque aussi bien cette France, qui débloquait l'autre jour 15 (gros) milliards d'euros de "paquet fiscal" pour une poignée de nanti(e)s, n'en trouve que 18 (petits) pour les millions d'habitants de ces banlieues où Sarkozy n'a certes pas l'intention d'"organiser des matches de foot" (et encore moins, n'est-ce pas, de sauteries au Fouquet's), ou de faire des "relations publiques" (fût-ce à bord de l'esquif d'un copain milliardaire).

La France qui promet, aux banlieues, d'abord de la répression, puis, juste après, de la répression, puis, enfin, de la répression - mais qui détourne le regard quand passe dans son alentour, chargé de liasses de black de quelques centaines de milliers d'euros, un boss de la métallurgie.

La France qui fustige crânement la "voyoucratie" des banlieues, mais qui fait le tour du monde avec dans ses bagages tel maire, lui aussi de banlieue (mais d'autres latitudes), qui a posément pioché naguère dans les caisses de sa commune - mais pourquoi se gêner, puisque pour de tels cas la culture de l'excuse est une seconde nature?

La France, pétrie d'impunités, qui pardonne tout quand ce tout vient de ses marches patronales (et politiques aussi bien), mais qui t'entretient, gravement, de la nécessité, surtout, de ne pas succomber dans les banlieues à "l'angélisme".

Et puis, bien sûr: la France qui depuis des années, t'assène, obsessive, car elle tient de la Corée du Nord qu'un slogan mille fois répété finit par faire une vérité, que ses problèmes sont "ethnico-religieux" (3).

La France qui a très peur de la réalité - parce que la réalité la donne pour ce qu'elle est: une France de tous les ressentiments, qui divise pour mieux régner.



6.
Vois cette France qui, toujours, cherche l'affrontement - et qui par conséquent jamais ne cessera de provoquer les gueux.

Cette France qui rêve de mener sur son territoire des guerres à la terreur qu'elle entérine ailleurs.

Cette France qui n'a que la répression de ses "classes laborieuses, classes dangereuses", pour nous dissimuler qu'elle est partout minable.

Cette France qui déploie au-delà du périphérique parisien des compagnies républicaines plutôt que des subventions, pour te faire oublier qu'elle vend du nucléaire à Kadhafi.

Cette France qui montre en Seine-Saint-Denis qu'elle a des muscles, pour te faire oublier qu'elle ne déteste pas flatter le fondement des voyous infâmes du Parti communiste chinois.

Cette France dévoyée, qui partout abdique sa dignité pour du pognon, qui se vend à des bourreaux si les bourreaux sont riches - mais qui cependant ose encore te balancer long comme le bras du principe républicain.

Cette France qui jour après jour attise les tensions et les braises.

Mais qui, naturellement, trouvera aux prochains retours de flammes, ainsi qu'elle fait souvent, le double motif de l'ethnie et de la religion, puisque, n'oublie pas: "Il n'y a pas de crise(s) sociale(s)".








(1) 20minutes.fr, 27 novembre 2007.
(2) Nouvelobs.com, 28 septembre 2007.
(3) "Le Figaro", 30 novembre 2007 - "bloc-notes" d'Ivan Rioufol.

29/11/2007

"Echo: Phénomène De Réflexion Du Son Par Un Obstacle Qui Le Répercute"

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"S’agissant de la situation dans les banlieues (...). Sur les ruines de la démocratie s’installe la voyoucratie".
(Jean-Marie Le Pen, dimanche 26 septembre 1999.)

"Ce qui s'est passé à Villiers-le-Bel n'a rien à voir avec une crise sociale, ça a tout à voir avec la voyoucratie".
(Nicolas Sarkozy, jeudi 29 novembre 2007.)


(Voyez aussi: http://www.lepost.fr/article/2007/11/29/1060314_sarkozy-et-les-enrages.html)

27/11/2007

"La Culture De L'Excuse"

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Rappelle-toi, ce n'est pas vieux: ça s'est passé il y a deux ans.

Deux gamins, Zyed Benna et Bouna Traoré, sont morts, électrocutés, dans un transformateur, à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

Le régime, par la voix notamment de son ministre de l'Intérieur de l'époque, un certain Nicolas Sarkozy, proclama aussitôt qu'il s'agissait de jeunes voleurs - de jeunes "cambrioleurs".

Et ce n'était pas vrai.

(Mais ce bobard, il va de soi, ne fut d'aucun effet sur la carrière politique de ceux qui l'avaient dit - et qui, ennemis cohérents de la tyrannie de la repentance, omirent avec beaucoup de soin de nous prier de l'excuser.)

En sorte qu'on est fondé, quand deux ans plus tard, de nouveau, deux gamins, des mêmes âges, trouvent la mort dans ces mêmes banlieues où rien n'a changé (car nulle promesse n'y est tenue), à se défier a priori de la version officielle: cette défiance naît du précédent, grave, des menteries proférées à l'automne 2005 - et non d'une quelconque posture.

Pour le dire autrement: il n'est pas (du tout) illégitime de questionner la version officielle, à partir du moment où il est arrivé que la version officielle donne, à titre posthume, et sans trop d'excessive pudeur, Zyed Benna et Bouna Traoré pour ce qu'ils n'étaient pas.

Mais gare: des sentinelles veillent, aux yeux desquelles, en pareil cas, le doute relève, non du sain réflexe de qui, échaudé par la calomnie qui frappa d'abord Zyed et Bouna, en a tiré la (seule) conclusion (possible) que la parole officielle n'est pas d'évangile - mais, semble-t-il, d'une volonté de nuire (mal définie, certes, mais qui serait, grosso modo, la marque d'un gauchisme échevelé).

Il faudrait, nous disent en somme ces vigies, abdiquer tout esprit critique - et soudain, là plutôt qu'ailleurs, ne pas (se) poser de questions, ou à tout le moins les garder pour soi.

Curieux principe, en vérité - qui, partout appliqué, se concrétiserait dans une espèce de grand silence (dont la morne monotonie serait toutefois rompue, de loin en loin, par le joyeux tintement des communiqués officiels).

Mais il est vrai: les mêmes qui prônent pour Villiers-le-Bel de la retenue dans le doute, n'exigent nullement qu'on applique ailleurs ce principe de précaution - qui par conséquent ne vaut, semble-t-il, que pour les cas où des gamins crèvent dans des collisions banlieusardes.

(Là encore, je vais le dire autrement: les mêmes, qui par exemple doutent a priori (et a posteriori), et c'est naturellement leur droit, qu'un mouvement étudiant puisse ne pas être phagocyté par l'extrême gauche, perdent soudain beaucoup de leur envie de (se) questionner, quand ils passent le périphérique.)

D'où vient ce curieux particularisme?

D'où vient que ces gens, qui se piquent de se garder de tout angélisme, soudain se trémoussent, agacés, quand tu leur dis, attends, laisse un peu de temps au temps, on sait depuis 2005 que ce qui se passe dans nos banlieues n'est pas forcément ce qu'en dit la version officielle?

Cela vient de ce qu'ils sont généralement (auto)persuadés que sévit partout ce qu'ils appellent (joliment) une "culture de l'excuse", qui ne s'exercerait qu'au seul profit des banlieusards - et qui serait, grosso modo, une espèce de béatification a priori des jeunes-des-cités.

Naturellement, c'est grotesque.

Naturellement, il n'y a pas moins de petits (ou moins petits) cons dans les "cités" que dans n'importe quel(s) autre(s) endroits de la société: mais, non moins naturellement, tu l'auras sans doute observé, nos infatigables théoriciens de la "culture de l'excuse" passent beaucoup plus de temps à compter les petits (et moins petits) cons de nos banlieues, que les petits (et moins petits) cons de nos quartiers favorisés.

(C'est au tri sélectif de leurs indignations (1) que ces gens-là se reconnaissent généralement.)

"Culture de l'excuse": la formule magique de ceux qui, non seulement ne veulent pas voir qu'il y a tout de même de la singularité (n'est-ce pas) dans la vie quotidienne des "quartiers difficiles", mais qui, au surplus, veulent absolument nous présenter leurs habitants comme des privilégiés - puisqu'ils bénéficieraient justement, et en permanence, de cette "culture" qui ne s'appliquerait qu'à eux.

Mais dans la vraie vie?

C'est un peu différent.

Dans la vraie vie, aucune excuse, même culturelle, n'est venue protéger Zyed et Bouna de la salissure posthume d'une accusation mensongère.

(Morts, ils devaient encore être cambrioleurs.)

Dans la vraie vie, aucune excuse, même culturelle, n'est venue imposer que soient tenues les promesses faites aux banlieues après l'embrasement de 1995.

(Même Laurent Joffrin, boss de "Libération", peu suspect a priori d'être le dernier des bolcheviks, relève ce matin, et dans son journal, qu'"un rapport accablant de la Cour des comptes montrait il y a quelques semaines l'insuffisance des aides et des actions".)

Dans la vraie vie, c'est vrai: des sociologues, genre Laurent Mucchielli (horresco referens, ah, l'odieux anarchiste), osent encore énoncer que la vie à Villiers-le-Bel est moins douce, à tout prendre, fût-ce dans les rapports entre habitants et policiers, qu'avenue de Villiers, 75017 Paris.

Dans la vraie vie, c'est vrai, lesdits sociologues sont convoqués par les médias, dans les moments où le pouvoir et les médias observent, non sans quelque désolation, que les banlieues brûlent à intervalle régulier - mais font un noeud à leur mouchoir pour ne pas oublier de ne pas tenir les promesses qui dans ces moments-là leur seront concédées.

(Prenons rendez-vous pour 2009: de nouveau, j'en suis sûr, des banlieues crameront, et de nouveau nous lirons, pour la millième fois, la savante analyse des mêmes sociologues.)

Mais dans la vraie vie, aussi, et dans le même temps que les sociologues récitent la dure leçon des banlieues difficiles, des philosophes, moins complexés, viennent dire que ces banlieues sont pleines de vagabonds "ethnico-religieux", que leur accent et leurs capuches évidemment disqualifient sur le marché du travail - parce qu'enfin, en philosophie, est-ce qu'un employeur peut s'arrêter à autre chose qu'aux vêtements et à l'accent du gars qui cherche du boulot?

Et, dis-moi.

Qui reçoit finalement l'hommage du chef de l'Etat?

Le philosophe qui sur les banlieues a dangereusement erré, mais qui d'après Sarko "fait honneur à l'intelligence française"?

Ou Laurent Mucchielli?

A qui bénéficie "la culture de l'excuse"?

Aux gamins des cités que nous retrouvons, en 2007, exactement comme nous les avons laissés en 2005?

Ou au philosophe qui a d'abord vu (2) dans l'embrasement des banlieues, excusez du peu, un "pogrome" - sans que cela ne le disqualifie?

A qui bénéficie la "culture de l'excuse", dis-moi?

Aux gamins des cités, cons certainement non moins qu'ailleurs, mais riches de moins d'espoir(s) qu'ailleurs - puisqu'on les prévient aussi bien que nul employeur ne voudra d'eux, rapport à leur accent?

Ou au ministre qui en 2005 a posément lâché du "cambriolage" sur deux gamins électrocutés - sans présenter la moindre excuse, et sans que cela n'entrave, jamais, sa marche vers les sommets de la République?

A qui bénéficie la "culture de l'excuse"?

Aux populations des banlieues, à qui tous les deux ans on promet de l'aide, mais qui ne la voient jamais venir?

Ou à ceux qui régulièrement leur annoncent de nouveaux secours, énièmes du nom, comme pour mieux leur faire oublier que les derniers en date se sont perdus en route, dans les embouteillages du boulevard périphérique?











(1) Et tu as parfaitement raison, ami(e): nous aussi, nous faisons un tri dans ce qui nous indigne - mais nous, comme tu sais, n'avons, à la différence des braves gens, aucun rond de serviette à la télévision, ou dans les palais nationaux; Dieu (qui est sympa) nous en garde. En sorte que, tu l'auras noté: nos voix portent moins que les leurs. (Mais je suis d'accord avec toi: qu'est-ce qu'on est bien, entre potes.)
(2) Mais qui a, reconnaissons-le, finalement retiré le mot.

A Telle Heure Qui Vous Plaira...

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D'après "Marianne" (dont l'enquête, que je sache, n'a pas été une seule fois démentie): "Le procureur de la République de Paris a, depuis longtemps, prévenu ses avocats et conseils: l'interrogatoire se déroulera sous le régime de la garde à vue, mais avec tous les égards dus à son rang. Ce n'est pas parce que Denis Gautier-Sauvagnac est suspecté d'avoir détourné une vingtaine de millions d'euros des caisses de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) que la justice le considère comme un vulgaire délinquant. Pour preuve: la date de son audition a été négociée avec les avocats afin de trouver le jour qui lui conviendrait le mieux. Devant autant de civilité judiciaire, "DGS" a fini par se rendre disponible les derniers de novembre".

Voilà bien de la civilité en effet.

Surtout: voilà bien le type de récit qui pourrait, sur la foi de sa lecture superficielle (en même temps que de sots préjugés), nous faire douter (un peu) que la justice de notre pays soit pour de bon la même, suivant que vous serez Denis-Gautier Sauvagnac ou misérable.

Or.

Voyez comme l'apparence est trompeuse.

Nous avons là, en réalité, pour tous les gardés à vue, un formidable message d'espoir: la justice, étant, par définition, et comme chacun sait, aveugle aux rangs, justement, qui ordonnent la société, aura dorénavant pour eux les mêmes égards que pour "DGS".

En sorte que si désormais un magistrat veut les entendre, cela sera, aux termes de cette espèce de nouvelle jurisprudence, aux heures et dates qu'ils choisiront - et que leurs avocats négocieront pour eux.

C'est, dans l'ordre judiciaire, une rupture au moins aussi révolutionnaire que la réforme de la carte homonyme: merci qui?

Merci, patron.

26/11/2007

Bernard Et Kouchner

Nous avons, semble-t-il, deux ministres des Affaires étrangères.

Bernard, qui est plutôt sympa.

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Et Kouchner, qui est moins régulièrement rigolo.

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C'est Bernard, par exemple, qui déplorait naguère que Nicolas Sarkozy "n'éprouve aucune honte à pêcher dans les eaux de l'extrême droite" (1).

Mais c'est Kouchner qui acceptait, peu de temps après, d'entrer au gouvernement du même Nicolas Sarkozy.

Et si tu prends le cas (difficile) de la Chine populaire, ce dualisme n'est pas moins étonnant.

Ainsi, Bernard, en 1994, reprochait (vertement) à Edouard Balladur d'avoir, je cite: "Abîmé le prestige de la patrie des droits de l'homme en se ruant en Chine pour une promesse de contrat" (2).

Mais voilà qu'aujourd'hui (et alors même que les droits de l'homme, là-bas, n'ont pas vraiment progressé, n'est-ce pas), Kouchner "ne voit pas pourquoi il ne faudrait pas signer de contrats avec Pékin" (3).

La diplomatie, au fond, et si je comprends bien, c'est comme les montagnes russes: ça monte et ça descend, et faut pas craindre les vertiges.




(1) "Marianne", 25 août 2007.
(2) "Marianne", 24 novembre 2007.
(3) Nouvelobs.com, 26 novembre 2007.

24/11/2007

Big Sarko Is Watching You (Sauf Si Tu T'Appelles Denis Gautier-Sauvagnac, Auquel Cas Big Sarko Is Watching Ailleurs)

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Ca fait 202 jours que Sarkozy est au(x) pouvoir(s), et dorénavant le culte halluciné de sa personnalité se donne sans complexe pour ce qu'il est: "Nicolas Sarkozy peut tout faire" (1), nous explique-t-on à la "faveur" de son voyage en Chine, où Rama Yade, secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, ne l'accompagne pas (2).

"Le président n'a pas besoin de Rama pour parler des droits de l'homme, pas plus qu'il n'a besoin de Barnier pour parler d'agriculture ou de Lagarde pour parler d'économie", assure David Martinon, porte-parole de l'Elysée.

Le chef de l'Etat n'a que faire, en somme, d'un gouvernement dont les ministres ne lui sont d'aucune espèce d'utilité.

Omnipotent, omniscient, le chef de l'Etat est quelque chose comme un Big Sarko survitaminé qui sait tout et peut tout.

C'est son porte-parole qui l'affirme désormais à haute et intelligible voix, sans que nul(le) ne s'offusque vraiment de cet ahurissant délire: il est vrai qu'une respectueuse retenue semble être la règle, sur les sujets qui pourraient affaiblir le culte halluciné de la personnalité de Sarkozy.

On sait, par exemple, "Marianne" le révèle ce matin mais l'information est connue depuis le début de l'après-midi d'hier, que, dans l'affaire de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), Sarkozy a été informé dès 2004, "quand il était ministre des Finances", des "retraits suspects effectués par Denis Gautier-Sauvagnac" dans les caisses de cette organisation patronale (3).

Retraits qui "se montaient, selon "Marianne", à 700.000 euros en 2000, 900.000 euros en 2001, 700.000 euros en 2002, 600.000 euros en 2003 et 300.000 euros de janvier à mai 2004".

(Voilà des sommes (en liquide) qui nous changent agréablement, n'est-ce pas, des minables salaires des privilégié(e)s de la fonction publique...)

Il faut le répéter lentement, pour bien se pénétrer de ce que ça induit: Sarkozy, l'omnipotent, l'omniscient, a été informé dès 2004, par "le service d'enquête du ministère des Finances", d'une affaire où "Denis Gautier-Sauvagnac (...) se promenait régulièrement avec des mallettes d'argent liquide provenant d'une mystérieuse caisse noire dotée de plus de 600 millions, alors que le budget annuel du MEDEF ne dépasse pas 32 millions d'euros" (4).

Et qu'a-t-il fait, à ce moment-là?

Qu'a-t-il fait, cet homme qui "peut tout faire", et qui nous a promis, à mainte et mainte reprise, que son règne serait celui, aussi, de la "transparence"?

Il a "empêché la justice de travailler sur la caisse noire de l'UIMM", explique "Marianne".

Il a tout simplement "voulu enterrer l'affaire".

Hein???

Quoi???

Le même crâne chef de l'Etat, qui régulièrement réclame pour la gueusaille (surtout quand elle n'a pas de papiers) d'impitoyables châtiments, a regardé ailleurs, quand on lui a signalé que des patrons faisaient grave du black et se baladaient avec des liasses de 900.000 euros?

Voilà exactement ce que j'appelle une info sensationnelle.

Une info qui, par conséquent, devrait faire sensation, et être partout reprise, partout affichée, partout proclamée.

Or: dans la presse du jour?

Pas un mot.

Pas un entrefilet.

Rien.

Silence de mort.

Dans "Libération"?

Pas un mot (5).

Dans "Le Monde"?

Pas un mot.

(Et nous verrons plus bas le cas du "Parisien".)

On a beau savoir que nos médias sont un banc de moules avariées: ça estomaque.

Mais ça confirme, on le soupçonnait, que la presse n'informe pas: elle forme.

La presse forme la molle masse des moutons qui, à Sarkozy, ne diront jamais non.

La presse est là pour filtrer notre information, pour décider, jour après jour, de ce que nous saurons, et de ce qui sera tu.

La presse est là pour nous gaver de menteries sur les grèves - c'est ce qui vient de se passer pendant 15 jours, va faire un tour chez Acrimed si tu cherches des preuves (6).

La presse est là pour nous gaver de précisions à la con sur le coût des grèves - genre "100 millions d'euros" à la SNCF, c'est la SNCF qui le dit, c'est pas non plus comme si on allait vérifier.

(Pauvre SNCF, salauds de grévistes.)

La presse est là, aussi, pour nous gaver de l'assurance que les pauvres nusagers pris en notages pendant les grèves seront dûment dédommagés - et que "la SNCF et la RATP consacreront plusieurs dizaines de millions d'euros à ces indemnisations" (7).

(J'ai même entendu l'autre jour, à la télé (je crois), un misérable journaleux qui regrettait pour ainsi dire que la SNCF ne rembourse ni les taxis, ni les nuits à l'hôtel des pauvres nusagers-notages...)

Mais la presse ne nous dit pas, ou en tout petits caractères, que les grévistes vont perdre ce mois-ci plusieurs centaines d'euros, et que du coup, pour eux, "ça va être dur pour Noël", et que du coup, pour eux, "les cadeaux ne seront pas aussi beaux que d'habitude" (7) - parce que, bien évidemment, l'admirable Bernard Thibault, dont "Le Monde" lèche le fondement avec beaucoup de frénésie (saluant très bas les merveilleux "galons de réformiste" qu'il vient de se gagner), a brisé la grève en oubliant soigneusement de réclamer que soient payés les jours de grève.

(Alors que moi, n'est-ce pas: je n'ai rien à foutre que les nusagers-notages soient dédommagés, je les emmerde, ces pauvres noeuds gavés de jités (8) - mais j'aimerais assez que les "dizaines de millions d'euros" de ce dédommagement soient versés aux grévistes.)

Et la presse ne nous dit pas, non plus (même pas en petits caractères, pour le coup), que Nicolas Sarkozy a "empêché la justice de travailler sur la caisse noire de l'UIMM".

(600 millions d'euros pourtant: ça fait de quoi sauver quelques régimes spéciaux, pas vrai?)

Les journaleux, laquais serviles du régime, trient l'info - et suppriment de notre paysage (médiatique) tout ce qui pourrait nuire au culte halluciné de la personnalité de Sarkozy.

Christine Lagarde nous a prévenu(e)s: "Il faut arrêter de penser".

(Du moins était-ce dit sans fard.)

Et en effet, le régime et ses valets de la presse ne veulent pas que tu penses.

Et en effet, le régime et ses valets de la presse ne veulent pas que tu formules des critiques - sauf contre les grèves, sous leur encadrement.

Ils préfèrent que tu consommes.

Cessez de penser: consommez!

("La montée en puissance de (...) l'idéologie de la consommation (...) constitue une part importante de ce que Noam Chomsky a appelé "la manufacture du consentement": l'acceptation de l'ordre social (...) est désormais assurée moins par la répression que par la séduction. (...) Une batterie de moyens sont mis en oeuvre pour entretenir une ardeur (...) consumériste (...) indispensable à la bonne marche du sysème (...)" (9).)

Tu crois que j'en rajoute?

Mais comme je disais on sait depuis le début de l'après-midi d'hier que Sarkozy a "voulu enterrer l'affaire" de l'UIMM - et vois plutôt ce que "Le Parisien", qui ne dit mot de cette info sensationnelle, préfère mettre ce matin à la une:

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C'est tellement simple, au fond.

Si nos médias cessaient de mentir, et nous entretenaient un peu de ce qui se passe dans la vraie vie, nous pourrions penser à des trucs un peu énervants.

Nous pourrions observer qu'"au détour d'un amendement du projet de loi de finances 2008, les députés ont adopté, vendredi 16 novembre 2007, la suppression en France de l'impôt de Bourse", qui "portait sur les principales transactions boursières: régressif, il taxait les transactions à 0,3 % lorsqu'elles étaient inférieures à 153.000 euros, puis à 0,15 % au-dessus de ce seuil" (10).

Nous pourrions observer que le régime vient aussi "de "réformer" la fiscalité des dividendes, histoire de permettre aux rentiers les plus gras de payer un impôt de seulement 18 %, contre 24 % auparavant" - ainsi que me le faisait remarquer ce matin mon camarade Olivier.

Nous pourrions nous étonner de ce que Laurence Parisot, au lieu que de se faire toute petite au moment où l'affaire de l'UIMM jette une lumière crue sur les pratiques du patronat, exige tranquillement l'abrogation de la durée légale du travail.

Nous pourrions réaliser, finalement, que ce régime de guerre de classe(s) n'a d'autre objectif que de prendre aux pauvres pour gaver les riches dont par ailleurs il couvre les turpitudes.

Et qui sait: nous pourrions, même, en prendre ombrage.

Mais "Le Parisien" préfère que nous pensions à Noël, et pousse même la servi(abi)lité, "alors que les catalogues de jouets s'arrachent", jusqu'à nous "aider à choisir les cadeaux pour les plus petits": c'est toujours ça, n'est-ce pas, que les enfants des cheminots grévistes n'auront pas.

(Et, tiens, agade comme le monde est petit: France 2 ouvre ce soir son jité en demandant à des passant(e)s, manifestement ravi(e)s de contribuer à ce pur moment d'obscénité, ce qu'ils vont demander au Père Noël...)

Dis, tu sens, comme ça pue?












(1) "Le Monde", samedi 24 novembre 2007.
(2) Car, n'est-ce pas: "L'Elysée espère conclure au cours de cette visite de trois jours d'importants contrats commerciaux" - et le régime qui vient de passer huit jours à nous répéter (par la voix notamment de Valérie Pécresse et de ses laquais de la presse) que les mouvements sociaux étaient manipulés par "l'extrême gauche" n'a aucune intention de fâcher les "communistes" chinois en les importunant avec un truc aussi bien-pensant que les droits de l'homme.
(3) "UIMM : le cabinet de Sarkozy a été informé en 2004", Nouvelobs.com, 23 novembre 2007, 16 heures 19.
(4) "Marianne", samedi 24 novembre 2007.
(5) Mais un encadré totalement grotesque, pour signaler que le chauffeur "d'un des directeurs généraux de l'UIMM" a raconté "les arrêts qu'il effectuait à la banque de la fédération nationale": entre deux infos de très inégale importance, "Libé" a donc choisi, avec de beaucoup de cautèle, celle qui n'allait pas nuire à la bonne réputation de Nicolas Sarkozy...
(6) www.acrimed.org
(7) "Le Parisien", samedi 24 novembre 2007.
(8) Oui, je suis un peu énervé.
(9) "Le moral des ménages", par Mona Chollet, dans "Manière de voir" n°96, décembre 2007: "La Fabrique du conformisme".
(10) http://www.france.attac.org/spip.php?article7817.

"L'Humanité" Lave L'Honneur De La Police

Avec le Parti communiste français (PCF), au moins, tu sais où tu es.

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Que tu prennes ces mecs-là en 1936, ou en 1950, ou juste là, en novembre 2007?

Au fond, c'est les mêmes: toujours prêts à bouffer du révolutionnaire.

(Toujours prêts, aussi, à nouer sous le sceau de "l'engagement" des pactes singuliers.)

Naturellement, la répression stalinienne, qui avait ceci de commode qu'elle ne s'embarrassait pas d'excessives délicatesses, est passée de mode.

(Faut s'adapter, ma bonne dame: le droit-de-l'hommisme fait des ravages.)

Mais le Parti, grâce à Dieu le (petit) père, dispose toujours, pour exprimer ses haines recuites (sur le feu, tout de même, depuis neuf décennies), de son organe central: "L'Humanité", c'est son nom, a certes perdu sa faucille et son marteau, mais n'a pas renoncé au style qui a toujours fait son charme, dans les moments de (grands) procès.

Ainsi, de la grande manif parisienne du 20 novembre, "L'Humanité" a retenu que: "Quand la CFDT diffuse sur sa sono la musique du Gendarme de Saint-Tropez à quelques mètres des manifestants du syndicat de policiers Alliance, c'est de l'ordre du clin d'oeil qui détend l'atmosphère".

(Je ne commente pas: je sais que vous allez tou(te)s recopier cette impérissable maxime sur vos calepins, afin que de vous la raconter aux longues soirées d'hiver).

Mais "L'Humanité" retient aussi (et surtout) que: "Quand les militants de la CNT croisent ceux du Syndicat général de la police (SGP) FO, c'est le dérapage assuré".

Et qui "dérape"?

"Les militants de la CNT", bien sûr.

(On sait que ces gens-là ne respectent rien: quel dommage qu'on n'ait pas définitivement soldé leur cas en Espagne, quel dommage que "le grand Staline" n'ait pas complètement fini le boulot...)

"Les militants de la CNT" ont, tenez-vous bien, lancé, au passage du SGP, de hideux cris, genre: "A bas l'Etat, les flics et les patrons!"

Voire, plus odieux encore: "Police partout, justice nulle part!"

Ulcéré par tant d'effronterie, le journaleux de "L'Humanité", soucieux de laver l'honneur de la police, fustige alors (courageusement): "Un façon bien singulière de saluer l'engagement des fonctionnaires de police dans le mouvement social".

Pauvre, pauvre, pauvre journaleux de "L'Humanité", pauvre travailleur exploité: enchaîné à son clavier, il n'a pas vraiment eu le temps de regarder ce qui se passait dans nos rues, depuis quelques décennies.

Sans quoi il aurait forcément observé que "l'engagement des fonctionnaires de police dans le mouvement social" est vachement protéiforme.

Le 20 novembre, par exemple, pendant que certains "fonctionnaires de police" échangaient dans la manif (et sous les applaudissements nourris de "L'Humanité") des clins d'oeil complices avec la CFDT, d'autres "fonctionnaires de police", non moins nombreux, se déployaient alentour, sans banderoles ni fumigènes, mais avec, en revanche, l'arsenal coutumier de leur "engagement dans le mouvement social" - boucliers, casques, tonfas, et caetera.

Mettons que tu essaies de convaincre l'étudiant(e) gréviste qui la semaine dernière à Nanterre a mangé la semelle d'un "fonctionnaire de police" du haut niveau d'"engagement des fonctionnaires de police dans le mouvement social"?

Mettons que tu lui dises, mais attends, c'est "L'Humanité" qui le dit, ça doit être vrai?

A mon avis: tu vas te faire jeter.

Parce que dans la vraie vie, "l'engagement des fonctionnaires de police" dans les mouvements sociaux n'est pas aussi évident que dans les belles histoires de "L'Humanité".

Vois, d'un angle un peu différent de celui que choisit "L'Humanité", cet aspect (moins directement fédérateur) de "l'engagement des fonctionnaires de police dans le mouvement social":

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Vois:

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Vois:

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Dans la vraie vie, les "fonctionnaires de police" dont l'organe central du PCF salue bien bas "l'engagement dans le mouvement social" sont les mêmes qui s'acquittent jour après jour des menus travaux répressifs que leur confie Sarko - avec ce résultat que les sans-papiers, par exemple, ont sur "l'engagement des fonctionnaires de police dans le mouvement social" un point de vue assez différent de celui de "L'Humanité".

Mais ce minuscule détail échappe à "L'Humanité", qui, pour finir, préfère expliquer à son lectorat, dans un style tout stalinien, que les militants de la CNT (et de la Fédération anarchiste) sont, tenez-vous bien, les amis de Sarkozy.

Comment "L'Humanité" en arrive-telle à cette gigantesque énormité?

C'est tout simple.

Il y avait, à la manif, sur "une camionnette", des affiches barrées de "slogans bien peu respectueux des luttes en cours".

Comme, par exemple: "La retraite à vingt ans, pour baiser il faut du temps".

Et ça, n'est-ce pas: "L'Humanité" ne l'a pas (du tout) supporté.

(Car le Parti communiste français n'a aucune espèce d'humour, comme disait Georges Guingouin, et sue par tous ses pores la tristesse grise des machineries bureaucratiques.)

Conclusion de "L'Humanité" - qui se reconnaît à ce qu'elle ose tout: "Avec de tels comportements, le sarkozysme a de beaux jours devant lui".

Alors que le PCF, lui, fait, comme chacun(e) sait, trembler le régime (1)...


(Merci, Nico.)

(1) Mise à jour, 14.15: l'amie Anne me signale, et comme elle a raison, que "le maire communiste sait toutefois se montrer ferme avec la gueusaille sans papiers, comme nous l'a récemment prouvé (le cas) d'Aubervilliers".

23/11/2007

Prendre Aux Pauvres, Gaver Les Riches (2)

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C'est une info qui n'a été reprise nulle part (1).

Ni à la télé, ni à la radio, ni dans les journaux.

C'est une info qui, soigneusement tue, n'a pas (du tout) été commentée, par conséquent: il est vrai que nos médias étaient ces jours-ci fort occupés à bouffer du gréviste, matin, midi et soir.

C'est Attac France, qui le relève: "Au détour d'un amendement du projet de loi de finances 2008, les députés (2) ont adopté, vendredi 16 novembre 2007, la suppression en France de l'impôt de Bourse".

De quoi s'agit-ce, exactement?

"Cet impôt, plus que centenaire, portait sur les principales transactions boursières: régressif, il taxait les transactions à 0,3 % lorsqu'elles étaient inférieures à 153.000 euros, puis à 0,15 % au-dessus de ce seuil".

Et, certes: "Ce n'était pas un impôt important en volume, il n'aurait rapporté que 260 millions d'euros en 2008, les spéculateurs ayant depuis longtemps trouvé les moyens de le contourner".

(C'est à cela que se reconnaît d'ailleurs le spéculateur: il contourne l'impôt par mille tricheries dégueulasses - conscient que son ami Sarkozy, loin de s'offusquer de ces filouteries, trouvera dans les poches des gueux de quoi remplir les caisses que vident ces procédés.

Nos journaleux, naturellement, ferment pendant ce temps leur(s) gueule(s) - préférant fustiger, plutôt que les porcs qui s'engraissent, les "privilégié(e)s" qui se gobergent avec leurs 1.200 euros bruts mensuels.)

Mais, comme le souligne Attac France: "La mesure est hautement symbolique de la volonté du gouvernement de sacrifier systématiquement la fiscalité sur l'autel de la compétition internationale, au profit des grandes fortunes" (3).

Elle confirme, pour le dire autrement, que le régime haineux et revanchard qui prétend régner sur nos vies est absolument décidé, en même temps qu'il (res)serre jour après jour la ceinture des plus démuni(e)s, à maintenir aux plus fortuné(e)s un régime particulier, non de retraite mais d'impôts - en les comblant de présents dont le coût sera supporté par la collectivité.

Absolument décidé à prendre aux pauvres, pour gaver les riches.

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(Je reconnais que c'est moyennement raffiné, comme illustration - mais qu'est-ce que ça fait du bien...)








(1) Et que je découvre quant à moi ce matin grâce à mon (glorieux) syndicat.
(2) J'aimerais savoir si des parlementaires "socialistes" ont prêté la main à cette vilenie: je suppose que oui, les connaissant, mais si vous avez des infos, je suis preneur.
(3) http://www.france.attac.org/spip.php?article7817

 
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